Fiche d'histoire — Terminale (guerre froide et décolonisation) — environ 2 000 mots.
Présentation
En décembre 1920, au congrès de Tours, où naît le Parti communiste français, un jeune Indochinois prend la parole pour dénoncer la colonisation. Il se fait alors appeler Nguyen Ai Quoc, « Nguyen le patriote » ; l'année précédente, il avait tenté de remettre aux vainqueurs réunis à Versailles une liste de revendications pour son peuple, sans recevoir de réponse. Le monde le connaîtra plus tard sous le nom d'Hô Chi Minh.
Ce détail biographique contient déjà les deux fils de l'histoire qui suit. La guerre du Vietnam est d'abord une guerre de décolonisation, commencée contre la France ; elle devient ensuite un affrontement de la guerre froide, dans lequel les États-Unis s'engagent pour empêcher qu'un mouvement communiste l'emporte en Asie du Sud-Est. Entre 1945 et 1965, les deux logiques se superposent, et c'est leur enchevêtrement qui explique qu'une guerre en ait engendré une autre.
Le point d'arrivée de cette fiche est le printemps 1965 : les premiers bombardements continus du Nord et le débarquement des Marines à Da Nang. On parle alors d'« américanisation » du conflit. Pour la comprendre, il faut remonter vingt ans en arrière.
Problématique de révision : comment une guerre coloniale française en Indochine s'est-elle transformée, en une vingtaine d'années, en une guerre américaine au Vietnam ?
Plan détaillé de la fiche
1. Une indépendance proclamée, une guerre coloniale (1945–1954)
- Septembre 1945 : Hanoï se déclare libre
- De la négociation à la rupture (1946)
- Quand l'Indochine entre dans la guerre froide
2. Dien Bien Phu et Genève (1954)
- Une cuvette au fond de la haute région
- Les accords de Genève : une partition « provisoire »
3. Deux Vietnam (1954–1963)
- Au Nord, l'État communiste se consolide
- Au Sud, Ngo Dinh Diem et l'appui américain
- Le retour de la lutte armée et la naissance du FNL
4. L'engrenage américain (1961–1965)
- Les conseillers de Kennedy
- La chute de Diem
- Le golfe du Tonkin et l'escalade
Chronologie · À retenir · Bibliographie
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1. Une indépendance proclamée, une guerre coloniale (1945–1954)
Septembre 1945 : Hanoï se déclare libre
L'Indochine française regroupe depuis la fin du XIXe siècle le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine, qui forment le Vietnam actuel, ainsi que le Laos et le Cambodge. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Japon y installe ses troupes tout en laissant en place l'administration française de Vichy, puis la renverse brutalement en mars 1945. Le vide est total lorsque le Japon capitule en août.
Le Viet Minh, front fondé en 1941 par Hô Chi Minh et dominé par les communistes, saisit l'occasion. Le 2 septembre 1945, à Hanoï, devant une foule considérable, Hô Chi Minh proclame l'indépendance de la République démocratique du Vietnam. Son texte s'ouvre sur une référence à la Déclaration d'indépendance américaine, clin d'œil calculé à Washington, dont il espère le soutien. Le dernier empereur, Bao Dai, a abdiqué quelques jours plus tôt.
De la négociation à la rupture (1946)
La France veut reprendre sa colonie. Le 6 mars 1946, un accord signé avec Jean Sainteny reconnaît le Vietnam comme un « État libre » au sein de l'Union française, en échange du retour des troupes françaises au Nord. Mais la conférence de Fontainebleau, à l'été, n'aboutit pas, notamment sur la question de la Cochinchine, que les autorités françaises de Saigon veulent détacher du reste du pays. En novembre, la marine française bombarde Haiphong après des incidents douaniers, faisant de nombreuses victimes civiles. Le 19 décembre 1946, le Viet Minh attaque les Français à Hanoï : la guerre d'Indochine commence.
Quand l'Indochine entre dans la guerre froide
Pendant trois ans, le conflit reste une guerre coloniale classique : un corps expéditionnaire tient les villes et les axes, le Viet Minh tient les campagnes et les montagnes. La France tente une « solution Bao Dai » en installant l'ancien empereur à la tête d'un État du Vietnam associé à la France, en 1949.
Tout change en octobre 1949 avec la victoire de Mao Zedong en Chine. Le Viet Minh dispose désormais d'une base arrière, d'armes et de conseillers ; Pékin puis Moscou reconnaissent la République démocratique du Vietnam au début de 1950. En juin 1950 éclate la guerre de Corée. À Washington, l'Indochine n'est plus une affaire coloniale française mais un front de l'endiguement. Les États-Unis financent une part croissante de l'effort de guerre français, jusqu'à en assumer l'essentiel au début des années 1950. La même année, la colonne française qui évacue Cao Bang, le long de la route coloniale 4, est anéantie : premier grand désastre du corps expéditionnaire.
2. Dien Bien Phu et Genève (1954)
Une cuvette au fond de la haute région
Le général Navarre installe fin 1953 un camp retranché dans la cuvette de Dien Bien Phu, près de la frontière laotienne, pour attirer le Viet Minh dans une bataille rangée. Le général Vo Nguyen Giap accepte le défi, mais à sa manière : ses hommes hissent à bras, sur les collines qui dominent le camp, des pièces d'artillerie que l'état-major français croyait impossibles à acheminer. L'attaque commence le 13 mars 1954 ; la piste d'aviation est vite rendue inutilisable, le camp ne peut plus être ravitaillé que par parachutages. Il tombe le 7 mai 1954. Paris avait sollicité une intervention aérienne américaine ; Eisenhower l'a refusée, faute d'appui britannique et du Congrès.
Les accords de Genève : une partition « provisoire »
La conférence de Genève, ouverte en avril sur la Corée, aborde l'Indochine au lendemain de la défaite. Pierre Mendès France, devenu président du Conseil, s'engage à obtenir un accord en un mois. Les accords sont conclus dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954.
Ils prévoient un cessez-le-feu et une ligne de démarcation militaire provisoire le long du 17e parallèle : le Viet Minh se regroupe au nord, les forces françaises et leurs alliés au sud. Une déclaration finale annonce des élections générales pour réunifier le pays en juillet 1956. Le Laos et le Cambodge sont reconnus indépendants. Point essentiel pour la suite : ni les États-Unis ni l'État du Vietnam de Bao Dai ne s'associent à cette déclaration finale. Washington se contente d'en prendre acte, ce qui lui laisse les mains libres. Pendant les mois qui suivent, environ huit cent mille à un million de personnes, catholiques en grand nombre, gagnent le Sud ; un mouvement plus restreint se fait en sens inverse.
3. Deux Vietnam (1954–1963)
Au Nord, l'État communiste se consolide
La République démocratique du Vietnam s'organise sur le modèle soviétique et chinois. Sa réforme agraire, menée entre 1953 et 1956, s'accompagne de procès publics contre les propriétaires et de nombreuses exécutions ; le régime lui-même reconnaîtra des « erreurs » en 1956. Le Nord compte sur les élections promises pour unifier le pays, persuadé que la popularité d'Hô Chi Minh lui assure la victoire.
Au Sud, Ngo Dinh Diem et l'appui américain
Au Sud, le Premier ministre Ngo Dinh Diem, catholique et anticommuniste, écarte Bao Dai par un référendum aux résultats manifestement arrangés en octobre 1955 et proclame la République du Vietnam. Il refuse d'organiser les élections de 1956, avec l'accord tacite des États-Unis, qui craignent leur issue. La partition provisoire devient durable.
Washington fait de Saigon sa vitrine en Asie du Sud-Est. Le président Eisenhower a exposé dès avril 1954 l'image des dominos : si un pays bascule dans le communisme, ses voisins suivront. En septembre 1954, l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (OTASE) étend une protection collective au Sud-Vietnam. L'aide américaine paie l'armée et une grande partie de l'administration sudistes.
Le régime de Diem s'appuie sur un cercle étroit, notamment sa famille ; il pourchasse les anciens du Viet Minh restés au Sud, ainsi que les sectes politico-religieuses et les opposants. Dans les campagnes, la réforme agraire reste timide et les paysans voient souvent revenir les propriétaires.
Le retour de la lutte armée et la naissance du FNL
En 1959, la direction du Nord autorise la reprise de la lutte armée au Sud. Un réseau de pistes à travers le Laos, que l'on appellera la piste Hô Chi Minh, commence à acheminer hommes et matériel. Le 20 décembre 1960 est fondé le Front national de libération du Sud-Vietnam (FNL), qui rassemble communistes et opposants divers ; Saigon et Washington appellent ses combattants « Viet Cong », un terme péjoratif. Le FNL se présente comme un mouvement sudiste ; il est en réalité dirigé, pour l'essentiel, depuis Hanoï, même si beaucoup de ses combattants sont bien originaires du Sud. Les historiens débattent encore de la part exacte de chacun.
4. L'engrenage américain (1961–1965)
Les conseillers de Kennedy
John F. Kennedy, élu en 1960, veut montrer sa fermeté après l'échec de la baie des Cochons. Au Vietnam, il augmente le nombre de « conseillers » militaires, de quelques centaines à environ seize mille à la fin de 1963, et finance le programme des « hameaux stratégiques », qui regroupe les paysans dans des villages fortifiés pour les couper de la guérilla. Le programme déracine les familles et alimente le mécontentement.
La chute de Diem
En 1963, la crise bouddhiste éclate : la répression de manifestations à Hué, puis, le 11 juin, l'immolation d'un moine, Thich Quang Duc, en pleine rue à Saigon, dont la photographie fait le tour du monde. Washington laisse faire un coup d'État militaire : le 2 novembre 1963, Diem et son frère Nhu sont assassinés. Trois semaines plus tard, Kennedy est tué à Dallas. Le Sud entre dans une période de coups d'État à répétition, et la guérilla progresse.
Le golfe du Tonkin et l'escalade
Lyndon Johnson hérite d'un allié qui s'effondre. Le 2 août 1964, le destroyer américain Maddox, en mission de renseignement dans le golfe du Tonkin, est attaqué par des vedettes nord-vietnamiennes. Le 4 août, une seconde attaque est signalée, dans la nuit et par mauvais temps ; on sait aujourd'hui qu'elle n'a très probablement jamais eu lieu. Johnson ordonne pourtant des représailles aériennes, et le Congrès vote le 7 août la résolution du golfe du Tonkin, qui l'autorise à prendre toutes les mesures nécessaires pour repousser une agression. Seuls deux sénateurs votent contre.
Ce texte sert de base juridique à l'escalade : après une attaque contre une base américaine à Pleiku, en février 1965, Johnson lance au début de mars l'opération « Rolling Thunder », campagne de bombardements du Nord qui durera plus de trois ans. Le 8 mars 1965, les premiers Marines débarquent à Da Nang pour protéger la base aérienne. À la fin de l'année, environ cent quatre-vingt mille soldats américains sont au Vietnam. La guerre est devenue américaine.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1941 | Fondation du Viet Minh |
| 2 septembre 1945 | Proclamation de l'indépendance à Hanoï |
| 19 décembre 1946 | Début de la guerre d'Indochine |
| Octobre 1949 | Victoire communiste en Chine |
| 13 mars – 7 mai 1954 | Bataille de Dien Bien Phu |
| 20–21 juillet 1954 | Accords de Genève |
| Octobre 1955 | Diem proclame la République du Vietnam |
| Juillet 1956 | Élections prévues, jamais tenues |
| 20 décembre 1960 | Fondation du FNL |
| 2 novembre 1963 | Assassinat de Diem |
| 2–7 août 1964 | Golfe du Tonkin ; résolution du Congrès |
| Mars 1965 | « Rolling Thunder » ; Marines à Da Nang |
À retenir
- Deux guerres se succèdent : une guerre de décolonisation (1946–1954), puis une guerre dans laquelle les États-Unis remplacent la France (à partir de 1954, ouvertement en 1965).
- La guerre froide transforme le conflit dès 1949–1950 : victoire de Mao, guerre de Corée, financement américain.
- Genève devait être une pause avant la réunification ; le refus des élections de 1956 en fait une partition.
- Les faiblesses du régime de Diem, autant que l'action du Nord, expliquent l'enlisement au Sud.
- Le golfe du Tonkin est moins une cause qu'un prétexte : il fournit à Johnson l'autorisation qu'il cherchait.
Conclusion
En 1965, les Américains ne s'engagent pas dans une guerre nouvelle : ils prennent la suite de la France dans un conflit ouvert depuis près de vingt ans, en y projetant les certitudes de la guerre froide. C'est tout le malentendu de la période : là où Washington voyait l'avancée d'un bloc, beaucoup de Vietnamiens voyaient la poursuite d'une lutte pour l'indépendance et l'unité. La publication des « papiers du Pentagone », en 1971, montrera d'ailleurs combien les dirigeants américains doutaient eux-mêmes, en privé, de pouvoir gagner.
Bibliographie
- Pierre Brocheux, Hô Chi Minh.
- Christopher Goscha, Vietnam. Un État né de la guerre (1945–1954), Armand Colin.
- Alain Ruscio, La Guerre française d'Indochine (1945–1954).
- Pierre Journoud, De Gaulle et le Vietnam (1945–1969), Tallandier.
- Fredrik Logevall, Embers of War. The Fall of an Empire and the Making of America's Vietnam.