Le traité de Versailles (1919) : négociation, clauses, Diktat et conséquences (fiche de révision)

2 333 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche

Fiche d'histoire contemporaine — Lycée — environ 2 300 mots.

Présentation

Le 28 juin 1919, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, deux délégués allemands traversent une salle remplie de vainqueurs pour apposer leur signature au bas d'un texte qu'ils n'ont pas négocié. Le lieu n'a rien de neutre : c'est là qu'en janvier 1871 l'Empire allemand avait été proclamé, au lendemain de la défaite française. La date non plus : il y a cinq ans exactement, l'archiduc François-Ferdinand était assassiné à Sarajevo. La mise en scène dit tout. Pour les Français, l'humiliation de 1871 est effacée. Pour les Allemands, une nouvelle humiliation commence.

Le traité de Versailles est le principal des traités qui mettent fin à la Première Guerre mondiale ; il règle le sort de l'Allemagne. D'autres textes, signés dans les environs de Paris, concernent ses alliés : l'Autriche, la Hongrie, la Bulgarie, l'Empire ottoman. L'ensemble forme ce qu'on appelle les traités de la banlieue parisienne.

Très tôt, le traité devient un objet de controverse. Les Allemands le dénoncent comme une paix imposée ; un économiste britannique le juge ruineux pour l'Europe ; des Français l'estiment trop indulgent. Et vingt ans plus tard, une nouvelle guerre éclate.

Problématique de révision : comment le traité de Versailles a-t-il été élaboré, que contient-il réellement, et dans quelle mesure peut-on le tenir pour responsable de l'instabilité de l'entre-deux-guerres ?

Plan détaillé de la fiche

1. Préparer la paix (novembre 1918-mai 1919)

  • L'armistice et une Allemagne qui ne se croit pas vaincue
  • La conférence de la paix et les Quatre
  • Trois visions de la paix

2. Ce que dit le traité

  • Les clauses territoriales
  • Les clauses militaires
  • La responsabilité et les réparations
  • La Société des Nations

3. La réception du traité

  • Une paix dictée ? Le « Diktat »
  • Les déceptions des vainqueurs
  • Le retrait américain

4. Le débat sur la paix

  • Keynes et la paix carthaginoise
  • Les réponses : Bainville, Mantoux
  • Le regard des historiens

5. Les conséquences

  • L'application difficile des réparations
  • Un argument pour le nazisme
  • Un traité responsable de la guerre ?

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1. Préparer la paix (novembre 1918-mai 1919)

L'armistice et une Allemagne qui ne se croit pas vaincue

Le 11 novembre 1918, l'armistice est signé à Rethondes, dans la forêt de Compiègne. L'Allemagne n'a pas été envahie : ses troupes se trouvent encore en territoire français et belge quand les combats cessent. L'empereur Guillaume II a abdiqué, une république a été proclamée, et les nouveaux dirigeants sont des civils, souvent sociaux-démocrates.

Ce contexte pèse lourd. Beaucoup d'Allemands ne comprennent pas pourquoi leur pays a perdu. L'état-major, qui a pourtant demandé l'armistice, laisse se développer l'idée que l'armée n'a pas été vaincue sur le terrain mais trahie à l'arrière, par les révolutionnaires et les politiciens. C'est la légende du « coup de poignard dans le dos ». Elle prépare le terrain à un rejet de toute paix sévère.

La conférence de la paix et les Quatre

La conférence s'ouvre à Paris le 18 janvier 1919. Plusieurs dizaines de pays y participent, mais les décisions sont prises par les grandes puissances, et surtout par quatre hommes : le président américain Woodrow Wilson, le président du Conseil français Georges Clemenceau, le Premier ministre britannique David Lloyd George et le président du Conseil italien Vittorio Orlando. Ce dernier, qui ne s'intéresse guère qu'aux revendications italiennes, quitte même la conférence pendant un temps.

Les vaincus ne sont pas invités à négocier. La Russie, en pleine guerre civile après la révolution bolchevique, n'est pas représentée.

Trois visions de la paix

Wilson arrive avec un programme : les Quatorze Points, présentés en janvier 1918. Il propose une paix fondée sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la liberté des mers, le libre-échange, la réduction des armements, la diplomatie publique et la création d'une organisation internationale chargée de garantir la paix.

Clemenceau pense d'abord à la sécurité de la France. Le pays a subi l'invasion deux fois en un demi-siècle ; ses départements du nord et de l'est sont dévastés ; il compte environ 1,4 million de morts. Il veut affaiblir durablement l'Allemagne, obtenir des réparations et des garanties militaires. Le maréchal Foch, plus radical encore, réclame le Rhin comme frontière militaire.

Lloyd George occupe une position intermédiaire. Il a promis aux électeurs britanniques de faire payer l'Allemagne, mais il ne veut ni d'une France trop puissante sur le continent ni d'une Allemagne ruinée, car elle est un partenaire commercial important. Il s'inquiète aussi d'une contagion révolutionnaire si l'Allemagne est poussée au désespoir.

Le traité final est un compromis entre ces trois visions, ce qui explique en partie qu'il n'ait satisfait pleinement personne.

Le 7 mai 1919, le texte est remis à la délégation allemande, conduite par le ministre des Affaires étrangères, le comte Brockdorff-Rantzau. Les Allemands peuvent seulement présenter des observations écrites. Quelques modifications sont accordées, notamment un plébiscite en Haute-Silésie. Le 16 juin, les Alliés adressent un ultimatum : signer, ou la guerre reprend. Le gouvernement allemand démissionne plutôt que de signer ; le suivant accepte, sous la contrainte.

2. Ce que dit le traité

Les clauses territoriales

L'Allemagne perd environ un huitième de son territoire et un dixième de sa population.

À l'ouest, l'Alsace et la Moselle reviennent à la France, sans plébiscite. La Belgique reçoit les petits cantons d'Eupen et de Malmedy. La Sarre, riche en charbon, est placée pour quinze ans sous l'administration de la Société des Nations ; ses mines sont données à la France, en compensation des houillères du Nord détruites ; un plébiscite décidera ensuite de son sort.

Au nord, un plébiscite rend une partie du Schleswig au Danemark.

À l'est, les pertes sont les plus mal acceptées. La Pologne, reconstituée, reçoit la Posnanie et une bande de territoire qui lui donne un accès à la mer : le « corridor polonais », qui sépare désormais la Prusse-Orientale du reste de l'Allemagne. Dantzig, ville peuplée surtout d'Allemands, devient une ville libre sous la protection de la SDN. Le territoire de Memel est détaché.

Outre-mer, l'Allemagne perd toutes ses colonies, confiées comme mandats à des puissances alliées, principalement la Grande-Bretagne et la France.

Enfin, le traité interdit le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne, l'Anschluss, alors que de nombreux Autrichiens le souhaitent. Cette clause semble contraire au principe des nationalités défendu par Wilson.

Les clauses militaires

L'armée allemande est limitée à 100 000 hommes, recrutés par engagement volontaire de longue durée ; le service militaire obligatoire est interdit. L'Allemagne n'a plus le droit de posséder une aviation militaire, des chars ou des sous-marins. Sa flotte de guerre est réduite. Son grand état-major est dissous.

La rive gauche du Rhin est occupée par les Alliés pour une durée de quinze ans, avec des zones évacuées progressivement. Une bande de territoire sur la rive droite est démilitarisée.

La responsabilité et les réparations

L'article 231 du traité affirme que l'Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de tous les dommages subis par les Alliés du fait de la guerre qui leur a été imposée par leur agression. Ce texte devait d'abord fonder juridiquement les réparations. Il est pourtant compris en Allemagne comme une accusation morale, la culpabilité exclusive de la guerre.

Le montant des réparations n'est pas fixé dans le traité : il est confié à une commission. En 1921, celle-ci l'établit à 132 milliards de marks-or, mais une grande partie de cette somme est conçue comme difficilement exigible, et les versements prévus dans l'immédiat sont plus modestes. L'Allemagne doit aussi livrer du charbon, des navires, du bétail, du matériel.

Le traité prévoit également de juger l'ancien empereur, Guillaume II, réfugié aux Pays-Bas ; ce pays refuse de le livrer et le procès n'aura jamais lieu.

La Société des Nations

La première partie du traité contient le pacte de la Société des Nations, une organisation internationale destinée à garantir la paix par l'arbitrage, le désarmement et la sécurité collective. C'est la grande victoire de Wilson. Mais l'Allemagne n'y est pas admise au début, et la Russie soviétique en est écartée.

3. La réception du traité

Une paix dictée ? Le « Diktat »

En Allemagne, l'indignation est générale, de l'extrême gauche à l'extrême droite. On dénonce un Diktat, une paix imposée sans négociation, une paix de vengeance. Le chancelier Philipp Scheidemann démissionne plutôt que de signer. L'article 231 est vécu comme une insulte. Le corridor polonais et la perte de territoires peuplés d'Allemands paraissent violer les principes des Quatorze Points, au nom desquels l'Allemagne pensait avoir déposé les armes.

Le traité devient le symbole de l'humiliation nationale. La jeune république de Weimar, qui l'a signé, en porte le stigmate. Les nationalistes accusent les signataires d'avoir trahi la nation.

Les déceptions des vainqueurs

En France, beaucoup trouvent le traité insuffisant. On n'a pas obtenu la frontière du Rhin ; les garanties anglo-américaines promises en échange, un traité d'assistance en cas d'agression allemande, ne seront jamais ratifiées. Le maréchal Foch se montre très pessimiste ; on lui attribue une formule selon laquelle il ne s'agirait pas d'une paix mais d'un armistice de vingt ans. En janvier 1920, Clemenceau, devancé par Paul Deschanel lors d'un vote préparatoire des parlementaires, renonce à briguer la présidence de la République.

En Italie, l'opinion parle de victoire mutilée : le pays n'obtient pas tous les territoires qu'on lui avait promis pendant la guerre. Ce ressentiment nourrit le nationalisme et l'essor du fascisme.

Le retrait américain

Aux États-Unis, le Sénat, dominé par les républicains, refuse de ratifier le traité. Il redoute d'entraîner le pays dans les affaires européennes à travers la SDN. Les Américains signent plus tard une paix séparée avec l'Allemagne. La SDN est privée de son principal promoteur ; la garantie américaine à la France disparaît.

4. Le débat sur la paix

Keynes et la paix carthaginoise

John Maynard Keynes, économiste du Trésor britannique, participe à la conférence. Il démissionne pour protester contre les réparations et publie, dès la fin de 1919, Les Conséquences économiques de la paix. Le livre connaît un succès immense dans le monde.

Keynes y soutient que les réparations exigées sont impossibles à payer et qu'en voulant ruiner l'Allemagne, on ruinera toute l'Europe, dont l'économie est interdépendante. Il compare le traité à une paix carthaginoise, comme celle que Rome imposa à Carthage avant de la détruire. Il fait aussi des portraits cruels des négociateurs, Wilson en particulier, présenté comme dépassé par les manœuvres de Clemenceau.

Son analyse marque durablement l'opinion britannique et américaine. Elle nourrit un sentiment de culpabilité qui, dans les années 1930, contribuera à la politique d'apaisement à l'égard d'Hitler.

Les réponses : Bainville, Mantoux

En France, l'historien et journaliste monarchiste Jacques Bainville publie en 1920 Les Conséquences politiques de la paix. Selon lui, le traité humilie l'Allemagne sans l'affaiblir vraiment : elle garde son unité, sa population, son industrie, et se trouve entourée de petits États fragiles. Il estime qu'il la pousse à la revanche sans lui en retirer les moyens.

Plus tard, un jeune économiste français, Étienne Mantoux, répond point par point à Keynes dans un livre publié après sa mort, survenue au combat en 1945 : La Paix calomniée ou les Conséquences économiques de M. Keynes. Il soutient que l'Allemagne aurait pu payer, puisqu'elle a ensuite trouvé de quoi financer un réarmement massif. Pour lui, le problème n'est pas la sévérité du traité, mais le refus de l'appliquer.

Le regard des historiens

Les historiens ont largement nuancé l'image d'un traité monstrueux. Ils soulignent que l'Allemagne en sort affaiblie mais pas détruite : elle reste la première puissance démographique et industrielle d'Europe occidentale, et l'effondrement de la Russie et de l'Autriche-Hongrie la débarrasse de voisins puissants à l'est. Ils rappellent aussi que les réparations réellement payées ont été bien inférieures aux montants affichés.

Le traité apparaît plutôt comme un compromis bancal : trop dur pour être accepté, pas assez pour être imposé durablement. Sa principale faiblesse tient à l'absence d'une puissance décidée à le faire respecter, une fois les États-Unis retirés et le Royaume-Uni réticent.

5. Les conséquences

L'application difficile des réparations

Les versements allemands posent problème dès le début. En 1923, la France et la Belgique occupent la Ruhr pour obtenir des livraisons de charbon. L'Allemagne répond par la résistance passive, et sa monnaie s'effondre dans une hyperinflation spectaculaire, qui ruine la classe moyenne.

Les Américains interviennent pour réorganiser les paiements : le plan Dawes, en 1924, puis le plan Young, en 1929, réduisent et échelonnent la dette. La crise économique mondiale rend tout paiement impossible : la conférence de Lausanne, en 1932, met pratiquement fin aux réparations.

Un argument pour le nazisme

Le traité devient un thème majeur de la propagande nationaliste, puis nazie. Hitler promet de déchirer le Diktat. Une fois au pouvoir, il rétablit le service militaire obligatoire en 1935, remilitarise la Rhénanie en 1936, réalise l'Anschluss en 1938, puis revendique les Sudètes et Dantzig. Chacune de ces étapes viole le traité, et les démocraties, mal à l'aise avec un texte qu'elles jugent elles-mêmes injuste, réagissent peu.

Un traité responsable de la guerre ?

Il serait trop simple de faire du traité de Versailles la cause directe de la Seconde Guerre mondiale. La crise de 1929, la faiblesse de la SDN, l'isolement américain, la politique d'apaisement et surtout le projet expansionniste et raciste d'Hitler jouent un rôle décisif. Mais le traité a fourni aux nationalistes allemands un grief durable, et les vainqueurs ne se sont jamais accordés pour le faire appliquer.

Conclusion

Le traité de Versailles est né d'un compromis entre des vainqueurs aux objectifs opposés : la sécurité pour la France, un nouvel ordre fondé sur le droit pour les États-Unis, l'équilibre pour la Grande-Bretagne. Imposé à une Allemagne qui ne se pensait pas vaincue, il a été vécu comme une humiliation et attaqué de tous côtés, par Keynes comme par Bainville. Sa faiblesse tient moins à sa dureté qu'à l'absence de volonté pour le faire respecter. Pour prolonger, on peut le comparer aux règlements de 1945, où les Alliés ont choisi l'occupation totale de l'Allemagne, puis sa reconstruction et son intégration à l'Europe.

Bibliographie

  • John Maynard Keynes, Les Conséquences économiques de la paix.
  • Jacques Bainville, Les Conséquences politiques de la paix.
  • Étienne Mantoux, La Paix calomniée ou les Conséquences économiques de M. Keynes.
  • Margaret MacMillan, Les Artisans de la paix.
  • Jean-Jacques Becker, Le Traité de Versailles (collection « Que sais-je ? »).