Les croisades (1095–1291) : résumé, causes et conséquences

2 399 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche

Fiche d'histoire — Collège (programme de 5e) et Lycée (Seconde, Méditerranée médiévale) — environ 2 300 mots.

Présentation

Le 27 novembre 1095, dans un champ aux portes de Clermont, en Auvergne, le pape Urbain II s'adresse à une foule de clercs et de chevaliers. Il les invite à partir vers l'Orient pour secourir les chrétiens et délivrer Jérusalem, la ville où le Christ est mort et ressuscité selon la foi chrétienne. Quatre ans plus tard, en juillet 1099, des guerriers venus de France, d'Italie et de Lotharingie entrent dans la ville sainte après un long siège.

C'est le début d'un phénomène qui dure environ deux siècles : les croisades, c'est-à-dire des expéditions armées lancées par la papauté, dont les participants font un vœu et reçoivent en échange des avantages spirituels. Les contemporains parlaient plutôt de « pèlerinage » ou de « passage » ; le mot « croisade » s'impose plus tard. Les historiens ont ensuite numéroté les grandes expéditions de un à huit, mais cette numérotation est une convention : entre elles, des départs plus modestes ont lieu sans cesse.

L'aventure s'achève en 1291, lorsque Acre, dernière grande place chrétienne en Terre sainte, tombe aux mains des Mamelouks d'Égypte. Entre ces deux dates, les croisés fondent des États en Orient, affrontent Saladin, détournent une expédition contre Constantinople et voient un roi de France, Saint Louis, mourir devant Tunis.

Problématique de révision : pourquoi des milliers d'Occidentaux partent-ils combattre en Orient entre la fin du XIe et la fin du XIIIe siècle, et que reste-t-il de ces expéditions ?

Plan détaillé de la fiche

1. Les causes : pourquoi partir ?

  • Un contexte religieux : pèlerinage, réforme de l'Église et guerre sainte
  • Un contexte oriental : Byzance menacée et Jérusalem lointaine
  • Des motivations humaines variées

2. La première croisade et la naissance des États latins (1095–1099)

  • L'appel de Clermont et la croisade populaire
  • La croisade des barons et la prise de Jérusalem
  • Les quatre États latins d'Orient

3. Le XIIe siècle : défendre l'Orient latin

  • Ordres militaires et deuxième croisade
  • Saladin et la reprise de Jérusalem (1187)
  • La troisième croisade, un demi-succès

4. Le XIIIe siècle : détournements et dernières expéditions

  • La quatrième croisade et la prise de Constantinople (1204)
  • Saint Louis, roi croisé
  • La chute d'Acre (1291)

5. Les conséquences

  • En Orient : un héritage de méfiance
  • En Occident : Église, royautés et échanges

Chronologie · À retenir · Bibliographie

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1. Les causes : pourquoi partir ?

Un contexte religieux : pèlerinage, réforme de l'Église et guerre sainte

Au XIe siècle, chacun craint pour le salut de son âme. Le pèlerinage est une pénitence très estimée, et Jérusalem en est le but suprême. Partir en croisade, c'est d'abord accomplir un pèlerinage, mais en armes.

La papauté sort alors renforcée de la réforme grégorienne, du nom du pape Grégoire VII : elle veut purifier le clergé et affirmer son autorité sur toute la chrétienté, y compris sur les princes. En lançant un appel à la croisade, Urbain II montre que le pape peut mobiliser les chevaliers de tout l'Occident.

L'Église cherche aussi depuis plusieurs décennies à canaliser la violence des chevaliers, qui se battent entre eux et pillent les paysans. Les mouvements de la paix de Dieu et de la trêve de Dieu limitent les combats. La croisade offre une solution : tourner les armes contre un ennemi extérieur, au service de la foi. Celui qui part reçoit une indulgence, c'est-à-dire la remise de la peine due pour ses péchés. La guerre devient, à certaines conditions, une œuvre méritoire.

Un contexte oriental : Byzance menacée et Jérusalem lointaine

L'Orient a beaucoup changé au XIe siècle. Les Turcs seldjoukides, des musulmans sunnites venus d'Asie centrale, ont pris le contrôle d'une grande partie du Proche-Orient. En 1071, ils écrasent l'armée byzantine à Manzikert, en Anatolie, et s'installent en Asie Mineure. L'empereur byzantin Alexis Ier Comnène demande l'aide de l'Occident pour recruter des combattants : c'est l'une des sources de l'appel de Clermont, même si l'empereur espérait plutôt des mercenaires qu'une armée de pèlerins.

Jérusalem, quant à elle, est disputée entre les Seldjoukides et les Fatimides, dynastie chiite d'Égypte. Ces divisions du monde musulman expliquent en partie les premiers succès des croisés.

Des motivations humaines variées

La foi est la première motivation des croisés, et il ne faut pas la sous-estimer : partir coûte cher, prend des années et beaucoup ne reviennent pas. Mais d'autres raisons s'y ajoutent. Certains cadets de familles nobles, qui n'héritent pas de terres, espèrent se tailler une seigneurie en Orient. Des marchands, notamment ceux des villes italiennes comme Venise, Gênes et Pise, voient l'intérêt de comptoirs sur les côtes du Levant. Les historiens insistent sur ce mélange : on ne part ni uniquement par piété, ni uniquement par intérêt.

2. La première croisade et la naissance des États latins (1095–1099)

L'appel de Clermont et la croisade populaire

Le discours d'Urbain II ne nous est connu que par des versions rédigées après coup, qui s'accordent sur l'essentiel : aider les chrétiens d'Orient et marcher vers Jérusalem. Les volontaires cousent une croix d'étoffe sur leurs vêtements, d'où leur nom de « croisés ». Le cri attribué à la foule, « Dieu le veut ! », devient leur devise.

L'appel dépasse les prévisions du pape. Des prédicateurs comme Pierre l'Ermite entraînent au printemps 1096 des foules de pauvres gens mal armés. Sur leur route, en Rhénanie, des bandes s'en prennent aux communautés juives et commettent des massacres. Arrivés en Asie Mineure, ces pèlerins sont presque tous anéantis par les Turcs.

La croisade des barons et la prise de Jérusalem

La véritable armée part à l'été 1096. Elle est menée par de grands seigneurs : Godefroy de Bouillon et son frère Baudouin de Boulogne, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, le Normand d'Italie Bohémond de Tarente, et d'autres. Aucun roi ne participe. Rassemblées à Constantinople, les armées traversent l'Anatolie dans des conditions très dures.

Le siège d'Antioche, en Syrie, dure plusieurs mois et la ville est prise en 1098. Les croisés atteignent enfin Jérusalem au début de l'été 1099. Le 15 juillet 1099, ils s'en emparent. La prise de la ville s'accompagne d'un massacre d'une grande partie de ses habitants, musulmans et juifs, que les chroniqueurs chrétiens eux-mêmes décrivent.

Les quatre États latins d'Orient

Les vainqueurs s'installent et fondent quatre États, appelés États latins d'Orient parce que leurs fondateurs suivent le rite latin de l'Église romaine :

État Fondation Remarque
Comté d'Édesse 1098 Le plus au nord, à l'intérieur des terres
Principauté d'Antioche 1098 Fondée par Bohémond
Royaume de Jérusalem 1099 Le plus prestigieux ; Baudouin en devient le premier roi en 1100
Comté de Tripoli 1109 Sur la côte, entre Antioche et Jérusalem

Organisés sur le modèle féodal, ces États comptent peu de Francs, nom donné aux Occidentaux en Orient, au milieu de chrétiens orientaux, de musulmans et de juifs. Ils dépendent de l'Occident et des flottes italiennes.

3. Le XIIe siècle : défendre l'Orient latin

Ordres militaires et deuxième croisade

Pour protéger les pèlerins et défendre les châteaux, apparaissent des ordres religieux militaires, une nouveauté : leurs membres sont à la fois moines et chevaliers. Les Templiers sont fondés à Jérusalem vers 1120 ; les Hospitaliers, d'abord chargés de soigner les malades, prennent eux aussi les armes. Ils tiennent de grandes forteresses, comme le Krak des Chevaliers.

En 1144, le comté d'Édesse tombe aux mains de Zengi, un émir turc. L'émotion est vive en Occident. Bernard de Clairvaux, grand abbé cistercien, prêche une nouvelle croisade à Vézelay en 1146. Pour la première fois, des rois partent : Louis VII, roi de France, et Conrad III, roi de Germanie. Mais l'expédition, mal coordonnée, échoue devant Damas en 1148. C'est un échec humiliant.

Saladin et la reprise de Jérusalem (1187)

Du côté musulman, l'unité se reconstitue peu à peu autour de l'idée de jihad, la guerre sainte contre les envahisseurs. Nur al-Din, fils de Zengi, puis surtout Saladin (Salah al-Din), qui réunit l'Égypte et la Syrie sous son autorité, encerclent les États latins.

En juillet 1187, à Hattin, près du lac de Tibériade, Saladin écrase l'armée du royaume de Jérusalem, épuisée par la soif. Dans les mois qui suivent, il prend la plupart des villes franques et, en octobre 1187, entre dans Jérusalem. Contrairement à 1099, la reddition se fait par négociation : beaucoup d'habitants chrétiens peuvent partir contre rançon.

La troisième croisade, un demi-succès

La chute de Jérusalem provoque la troisième croisade (1189–1192), la « croisade des rois ». L'empereur Frédéric Barberousse part par voie de terre mais se noie en Anatolie en 1190, et son armée se disperse. Philippe Auguste, roi de France, et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, arrivent par mer et reprennent Acre en 1191. Philippe rentre vite ; Richard reste mais ne reprend pas Jérusalem. En 1192, un accord avec Saladin laisse aux Francs une bande côtière et permet aux pèlerins chrétiens d'accéder à la ville sainte sans armes. Le royaume de Jérusalem survit, mais avec Acre pour capitale.

4. Le XIIIe siècle : détournements et dernières expéditions

La quatrième croisade et la prise de Constantinople (1204)

Lancée par le pape Innocent III, la quatrième croisade devait frapper l'Égypte, cœur de la puissance musulmane. Les croisés traitent avec Venise pour le transport, mais ne peuvent pas payer la somme promise. Pour s'acquitter de leur dette, ils aident d'abord les Vénitiens à prendre Zara, une ville chrétienne de la côte adriatique. Puis ils se mêlent d'une querelle dynastique byzantine et se dirigent vers Constantinople.

En avril 1204, les croisés prennent d'assaut la capitale de l'Empire byzantin, une ville chrétienne, et la pillent pendant plusieurs jours. Ils y fondent un Empire latin de Constantinople, qui dure jusqu'en 1261, date à laquelle les Byzantins reprennent leur capitale. Venise, elle, en retire des ports et des îles qui renforcent son empire commercial. Pour les chrétiens d'Orient, ce sac est un traumatisme : il creuse le fossé entre l'Église grecque et l'Église latine, déjà séparées depuis 1054.

Saint Louis, roi croisé

Au XIIIe siècle, plusieurs expéditions visent l'Égypte. En 1229, l'empereur Frédéric II obtient même la restitution de Jérusalem par un traité, sans combat, ce qui choque une partie de la chrétienté ; la ville est perdue définitivement en 1244.

Louis IX, que l'Église canonisera sous le nom de Saint Louis, incarne le roi croisé idéal. Il part en 1248, prend Damiette, en Égypte, en 1249, mais son armée est vaincue à Mansourah en 1250 et lui-même est fait prisonnier. Libéré contre rançon, il reste plusieurs années en Terre sainte pour fortifier les villes franques, avant de rentrer en France en 1254. En 1270, il repart, cette fois vers Tunis ; une épidémie frappe le camp et le roi y meurt.

La chute d'Acre (1291)

En Égypte, les Mamelouks, des soldats d'origine servile devenus maîtres du pouvoir, fondent un État puissant au milieu du XIIIe siècle. Le sultan Baybars reprend une à une les places franques, dont Antioche en 1268. En 1291, le sultan al-Ashraf Khalil assiège Acre, qui tombe après une résistance acharnée. Les dernières villes chrétiennes de la côte sont évacuées dans les semaines suivantes. Les Francs ne gardent plus en Méditerranée orientale que l'île de Chypre. L'idée de croisade survit longtemps dans les discours, mais les États latins de Terre sainte ont disparu.

5. Les conséquences

En Orient : un héritage de méfiance

Sur le plan militaire, les croisades sont un échec : Jérusalem n'est restée chrétienne qu'environ un siècle, en comptant la courte restitution du XIIIe siècle. Elles ont en revanche contribué à unifier le monde musulman du Proche-Orient autour de chefs comme Saladin puis les Mamelouks, et ont donné un sens nouveau au jihad.

L'Empire byzantin, que la première croisade devait secourir, sort au contraire affaibli du sac de 1204, ce qui facilite plus tard l'avancée des Turcs ottomans.

Dans la mémoire du monde arabe, les croisades restent surtout le souvenir d'une invasion venue de l'Ouest.

En Occident : Église, royautés et échanges

Pour la papauté, la croisade est un instrument de pouvoir, qui se dévalue toutefois lorsqu'elle vise des chrétiens, comme en 1204 ou contre les Albigeois à partir de 1209.

Pour les rois, et d'abord pour les rois de France, la croisade est une source de prestige : Saint Louis en tire une image de souverain très chrétien. Elle oblige aussi à organiser la fiscalité et les finances, ce qui renforce l'État.

Sur le plan économique, les villes italiennes sont les grandes gagnantes : leurs marchands développent le commerce entre l'Orient et l'Occident. Il faut toutefois nuancer une idée ancienne selon laquelle les croisades auraient « apporté » en Europe les épices, le sucre ou les savoirs arabes : ces échanges passaient aussi, et souvent davantage, par l'Espagne musulmane, la Sicile et le commerce méditerranéen ordinaire. Les croisades les ont intensifiés plus qu'elles ne les ont créés.

Chronologie récapitulative

Date Événement
1095 Appel d'Urbain II à Clermont
1096 Croisade populaire ; départ de la croisade des barons
15 juillet 1099 Prise de Jérusalem
1146–1148 Deuxième croisade, échec devant Damas
1187 Victoire de Saladin à Hattin, reprise de Jérusalem
1189–1192 Troisième croisade, reprise d'Acre
1204 Prise et sac de Constantinople
1248–1254 Première croisade de Saint Louis
1270 Mort de Saint Louis devant Tunis
1291 Chute d'Acre

À retenir

  • Les croisades sont des pèlerinages armés lancés par la papauté, avec un vœu et des indulgences.
  • Leurs causes mêlent foi, réforme de l'Église, appel de Byzance, ambitions seigneuriales et intérêts marchands.
  • La première croisade aboutit à la prise de Jérusalem (1099) et à la fondation de quatre États latins.
  • Saladin reprend Jérusalem en 1187 ; la troisième croisade ne parvient pas à la reconquérir.
  • La quatrième croisade se retourne contre Constantinople (1204).
  • Saint Louis meurt devant Tunis en 1270 ; la chute d'Acre (1291) met fin à la présence franque en Terre sainte.
  • Bilan : échec militaire, Byzance affaiblie, méfiance durable entre chrétiens et musulmans, mais essor du commerce italien et prestige des rois croisés.

Conclusion

Pendant environ deux siècles, les croisades ont mis en mouvement des seigneurs, des pauvres, des rois et des marchands, au nom d'un idéal religieux qui se mêlait à des intérêts très concrets. Leur but principal, tenir Jérusalem, n'a pas été atteint durablement. Mais elles ont transformé les relations entre l'Occident latin, Byzance et le monde musulman, et laissé des mémoires opposées que l'on retrouve encore aujourd'hui. On peut prolonger la réflexion en les comparant à la Reconquista ibérique, autre guerre menée au nom de la foi, mais victorieuse.

Bibliographie

  • Jean Flori, La Guerre sainte. La formation de l'idée de croisade dans l'Occident chrétien.
  • Jean Richard, Histoire des croisades.
  • Cécile Morrisson, Les Croisades (Que sais-je ?).
  • Michel Balard, Croisades et Orient latin (XIe-XIVe siècle).
  • Amin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes.
  • Jean de Joinville, Vie de Saint Louis.