Eugénie Grandet de Balzac : résumé et fiche de lecture (l'inventaire d'une maison)

2 473 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (objet d'étude « Le roman et le récit ») — environ 2 400 mots.

Présentation de l'œuvre

Auteur. Honoré de Balzac (1799-1850) écrit Eugénie Grandet en 1833, au moment où il conçoit l'idée de faire revenir ses personnages d'un livre à l'autre. Le roman sera classé ensuite dans les Scènes de la vie de province de La Comédie humaine, l'immense ensemble par lequel Balzac veut faire concurrence à l'état civil.

Genre et cadre. Roman réaliste. L'action se passe à Saumur, dans une maison froide et sombre de la ville haute, sous la Restauration, et s'étend sur une dizaine d'années. C'est l'un des romans les plus resserrés de Balzac : peu de lieux, peu de personnages, une seule passion qui écrase tout, celle de l'or.

Contexte. La France sort de la Révolution et de l'Empire. Des fortunes nouvelles sont nées de la vente des biens du clergé, de la spéculation et du commerce. Grandet, ancien tonnelier enrichi, est le portrait de ce capitalisme de province, patient et sans scrupule, qui achète des terres, place en rentes et ne dépense rien.

Découpage. Les premières éditions comportaient des chapitres titrés ; Balzac les a supprimés ensuite, et la plupart des éditions actuelles présentent un texte continu. Cette fiche découpe donc le roman en cinq temps qui suivent l'action.

L'idée directrice : l'inventaire d'une maison

Après un décès, le notaire dresse l'inventaire : il passe de pièce en pièce et note chaque objet avec sa valeur. Balzac écrit son roman un peu comme un notaire qui aurait du cœur. Dans la maison Grandet, chaque chose a un prix et une histoire : le morceau de sucre, la chandelle, la marche d'escalier, les pièces d'or, le nécessaire de voyage, le crucifix de vermeil. Nous suivrons le roman à travers ces objets, parce que c'est par eux que les sentiments circulent, se cachent et se trahissent.

Plan de la fiche

Le roman en cinq temps

  1. Une maison, un avare, deux clans de prétendants
  2. Le soir d'anniversaire : l'arrivée de Charles
  3. Le prêt d'Eugénie et le départ pour les Indes
  4. La colère du père, la mort de la mère, la mort du père
  5. Le retour de Charles et le mariage blanc

L'analyse

  • L'inventaire : huit objets et ce qu'ils disent
  • Les personnages
  • Les thèmes
  • L'écriture balzacienne
  • Avis argumenté
  • Quatre questions de compréhension et leur corrigé

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Le roman en cinq temps

1. Une maison, un avare, deux clans de prétendants

Le roman s'ouvre sur une description lente de la rue et de la maison : murs lézardés, salle basse, silence de cloître. Le narrateur raconte ensuite l'ascension de Félix Grandet. Tonnelier sous l'Ancien Régime, il a épousé la fille d'un riche marchand de planches, acheté à bas prix les plus belles vignes et une abbaye mise en vente sous la Révolution, été maire de Saumur, et recueilli plusieurs héritages. Sa fortune est énorme, mais personne n'en connaît le montant exact. Il vit comme un pauvre : il fixe lui-même la ration de pain, de sucre, de bois, ne fait allumer le feu de la salle qu'à des dates déterminées et répare lui-même sa maison.

Avec lui vivent sa femme, douce et effacée, sa fille unique Eugénie, et la grande Nanon, servante robuste qu'il a recueillie quand personne n'en voulait et qui lui voue un dévouement de chien fidèle.

Eugénie est la plus riche héritière de la région. Deux familles se disputent sa main. Les Cruchot, un notaire, un abbé et un neveu président du tribunal, M. de Bonfons, poussent ce dernier. Les des Grassins, une famille de banquiers, avancent leur fils Adolphe. Grandet laisse espérer les deux clans, parce que leur rivalité le sert.

2. Le soir d'anniversaire : l'arrivée de Charles

C'est le jour où Eugénie a vingt-trois ans. Les deux clans sont venus lui souhaiter sa fête et jouent au loto dans la salle. On frappe : un jeune cousin de Paris arrive à l'improviste. Charles Grandet, fils de Guillaume, frère du vieil avare, est élégant, parfumé, porteur de bagages luxueux. Il croit faire un séjour d'agrément. Il apporte en réalité une lettre de son père à Félix : Guillaume, ruiné, annonce qu'il va se tuer et confie son fils à son frère.

Pour Eugénie, l'arrivée de ce jeune homme est une révélation. Elle découvre en une soirée la coquetterie, le désir de plaire, la honte de la pauvreté domestique. Le lendemain, elle ose demander à Nanon du sucre en plus, une bougie au lieu de la chandelle, un déjeuner digne du cousin. Ces audaces minuscules sont, dans cette maison, de véritables révolutions.

Grandet apprend à Charles la ruine et le suicide de son père. Le jeune homme s'effondre et pleure plusieurs jours enfermé dans sa chambre.

3. Le prêt d'Eugénie et le départ pour les Indes

Eugénie veille sur le chagrin de son cousin. Entrant dans sa chambre pendant son sommeil, elle lit des lettres qu'il a commencées : l'une à sa maîtresse parisienne, à qui il dit adieu, l'autre à un ami, à qui il demande de vendre ses affaires pour qu'il puisse partir faire fortune. Émue de le voir dénué de tout, elle lui offre son trésor : une collection de pièces d'or rares que son père lui a données une à une, aux anniversaires et aux étrennes. Charles hésite, puis accepte, et laisse en gage un nécessaire de voyage en or, où se trouvent les portraits de ses parents.

Les deux jeunes gens échangent des serments sur le banc du jardin, et un baiser. Pendant ce temps, Grandet manœuvre : plutôt que de payer les dettes de son frère, il fait négocier les créanciers par M. des Grassins, qui part pour Paris, afin de racheter les créances au rabais et de différer indéfiniment le paiement. L'honneur de la famille est sauf en apparence et ne lui coûte presque rien.

Charles part pour les Indes. Eugénie commence à attendre.

4. La colère du père, la mort de la mère, la mort du père

Au jour de l'an, Grandet demande à voir l'or de sa fille, comme chaque année. Elle avoue qu'elle ne l'a plus et refuse de dire ce qu'elle en a fait. La fureur du père est terrible : il l'enferme dans sa chambre au pain et à l'eau. Mme Grandet, bouleversée, tombe malade. Les habitants de Saumur commentent l'affaire.

Un jour, Grandet découvre le nécessaire de Charles et veut en arracher l'or avec un couteau. Eugénie saisit une lame et menace de se tuer. Le vieil homme recule. Le notaire Cruchot lui fait comprendre que si sa femme meurt, Eugénie pourra réclamer la part de sa mère : Grandet se réconcilie précipitamment avec sa fille. Mme Grandet meurt pourtant, après une longue maladie, en recommandant à sa fille la patience et la piété. Grandet obtient aussitôt d'Eugénie qu'elle renonce à l'héritage maternel. Elle signe sans discuter.

Les années passent. Grandet vieillit, initie sa fille à la gestion de ses biens. Paralysé, il se fait rouler devant le cabinet où il garde son or et le regarde pendant des heures. Sur son lit de mort, quand le prêtre lui présente un crucifix de vermeil, il tend la main pour le saisir. Ses dernières paroles chargent Eugénie de tout surveiller : il lui demandera des comptes dans l'autre monde.

5. Le retour de Charles et le mariage blanc

Eugénie, désormais immensément riche, n'a rien changé à sa vie : même salle, même Nanon, même attente. Charles, aux Indes et en Afrique, s'est endurci ; il a fait toutes sortes de commerces, y compris la traite des esclaves. Il revient fortuné et écrit à sa cousine une lettre aimable et froide : il lui rend son or avec les intérêts et lui annonce qu'il va épouser une jeune aristocrate, Mlle d'Aubrion, pour le nom et la position.

Eugénie s'effondre en silence. Elle accepte la main du président de Bonfons, à condition que le mariage ne soit pas consommé, et le charge d'abord d'une mission : payer intégralement, intérêts compris, les créanciers de Guillaume Grandet. Charles, qui croyait sa cousine pauvre, apprend qu'elle était millionnaire et qu'il aurait pu l'épouser. Il est trop tard.

Bonfons meurt sans avoir profité de la fortune qu'il convoitait. Veuve encore jeune, Eugénie reste à Saumur, dans la vieille maison, distribue sa fortune en œuvres de charité et garde les habitudes économes de son père. Nanon, mariée à un garde, reste à ses côtés.

L'inventaire : huit objets et ce qu'ils disent

Objet Où on le trouve Ce qu'il révèle
Le sucre Dans la salle, coupé et compté par Grandet L'avarice réglée au gramme ; le sucre demandé pour Charles est une première désobéissance
La chandelle Une seule pour toute la veillée La pénurie organisée ; la bougie réclamée pour le cousin marque l'entrée du désir
La marche pourrie L'escalier que Grandet répare lui-même Une maison qu'on laisse se dégrader pour ne rien payer
Le loto La table du soir d'anniversaire Un jeu de hasard pour des prétendants qui spéculent sur une héritière
Les pièces d'or d'Eugénie Dans sa chambre, puis dans les bagages de Charles Le seul or du roman qui circule par amour
Le nécessaire Laissé en gage par Charles Les portraits des parents sertis d'or : l'affection et la valeur marchande sont soudées
Le cabinet La pièce secrète de Grandet L'or contemplé, jamais utilisé : une religion
Le crucifix de vermeil Au lit de mort Le geste final : l'avare saisit le métal plutôt que la foi

L'inventaire montre une circulation à deux sens. L'or de Grandet entre et ne sort jamais. L'or d'Eugénie sort, voyage et revient sous forme de chèque, accompagné d'une lettre qui le vide de tout sens. Le roman raconte comment l'objet donné devient objet remboursé.

Les personnages

Félix Grandet. Avare de génie, plus inquiétant que comique. Il calcule, ruse, feint de bégayer ou d'être sourd quand il négocie, pour obliger l'autre à parler le premier. Il n'est pas sans tendresse pour sa fille, mais cette tendresse passe par l'or : il lui donne des pièces, il exige de les revoir.

Eugénie. Une héroïne de la patience. Sa seule action spectaculaire, le don de son trésor, suffit à bouleverser la maison. Ensuite, elle attend. Sa grandeur est morale : elle ne se venge pas, elle paie les dettes de celui qui l'a trahie. Mais le roman suggère aussi qu'elle a hérité, malgré elle, de la rigueur paternelle.

Mme Grandet. Une victime silencieuse, pieuse, sans volonté. Elle n'ose s'opposer à son mari qu'une fois, et cette révolte la tue.

Charles Grandet. Le dandy parisien qui devient un homme d'affaires sans cœur. Son évolution illustre l'influence du milieu : le voyage, le commerce et l'intérêt l'ont transformé. Il n'est pas un traître de mélodrame, mais un homme ordinaire qui oublie.

La grande Nanon. Servante dévouée jusqu'à l'aveuglement, elle seule ose parfois tenir tête au maître sur un détail ménager. Elle offre un contrepoint humain et presque comique.

Les Cruchot et les des Grassins. Deux clans de province, deux stratégies d'approche d'une fortune. Le président de Bonfons obtient finalement la main d'Eugénie, mais jamais sa personne.

Les thèmes

L'argent comme passion. Chez Grandet, l'or n'est pas un moyen, c'est une fin. Balzac en fait une passion au même titre que l'amour ou l'ambition, avec ses extases et sa folie.

L'amour et l'attente. L'amour d'Eugénie est entier, mais il se vit presque entièrement en l'absence de l'aimé. Le roman est l'histoire d'une fidélité qui ne reçoit rien en retour.

La province. Saumur est un monde de regards, de commérages, de calculs matrimoniaux. Tout se sait, tout se commente. Le contraste avec Paris, représenté par Charles, oppose deux manières d'être égoïste.

La famille et l'héritage. La renonciation à la part de la mère, les créances de l'oncle, le mariage blanc : le roman montre la famille comme une affaire juridique et financière autant qu'affective.

L'écriture balzacienne

La description qui explique. L'ouverture décrit longuement la maison avant d'introduire les personnages. Ce n'est pas un ornement : le lieu annonce les êtres qui y vivent, humides, fermés, figés. Balzac pose le décor comme on pose un diagnostic.

Le narrateur qui sait et qui juge. Le narrateur commente, généralise, compare Grandet à un tigre ou à un serpent, tire des maximes sur l'amour des jeunes filles ou la vie de province. Ce point de vue omniscient est caractéristique du réalisme balzacien.

Les détails chiffrés. Le roman abonde en sommes, en arpents, en placements. L'argent y devient un personnage.

La dramatisation des petites choses. Une demande de sucre, une bougie, une pièce manquante prennent des proportions tragiques. Balzac montre que, dans un milieu clos, les plus minces gestes sont des événements.

Avis argumenté

Le début peut décourager : la maison et la fortune de Grandet occupent de longues pages avant que l'action commence. Mais cette lenteur installe un monde immobile, pour que l'arrivée de Charles y éclate comme un coup de tonnerre.

Ce qui frappe ensuite, c'est l'absence de récompense. Eugénie est bonne, fidèle, généreuse, et elle finit seule, riche et austère, dans la maison de son père. Balzac refuse la morale consolante. Il ne fait pas non plus de son héroïne une victime pure : en vieillissant, elle compte, elle épargne, elle ressemble à Grandet. C'est peut-être la remarque la plus cruelle du roman : la générosité peut survivre dans les gestes, mais l'avarice a gagné les habitudes.

Quatre questions de compréhension et leur corrigé

1. Pourquoi l'arrivée de Charles bouleverse-t-elle la maison Grandet ? Parce qu'il introduit dans un monde réglé par l'économie la dépense, l'élégance et le désir. Eugénie, en voulant lui plaire, enfreint pour la première fois les règles de son père.

2. Que représente le don des pièces d'or ? C'est le seul acte libre d'Eugénie et un véritable sacrilège dans l'univers de Grandet : elle fait circuler l'or par amour, alors que son père ne le fait circuler que pour l'accroître.

3. Pourquoi Grandet se réconcilie-t-il avec sa fille pendant la maladie de sa femme ? Le notaire lui fait comprendre qu'à la mort de Mme Grandet, Eugénie pourrait demander sa part d'héritage. La réconciliation est un calcul, et la renonciation obtenue juste après le confirme.

4. Comment interpréter le dernier geste de Grandet ? En tendant la main vers le crucifix de vermeil, il ne cherche pas le salut mais le métal. Le geste résume sa vie entière : même devant la mort, l'or l'emporte sur la foi.

Conclusion

Eugénie Grandet est le roman d'une maison où les choses comptent plus que les êtres, et d'une jeune fille qui, une fois, a fait le contraire. L'inventaire montre que tout se paie, y compris l'amour, et que le seul trésor donné sans calcul revient sous forme d'intérêts. Pour prolonger, on lira Le Père Goriot, l'autre grand roman paternel de Balzac, où un père se ruine pour ses filles au lieu de les dépouiller, ou L'Avare de Molière, dont Harpagon est un ancêtre moins sombre de Grandet.

Bibliographie

  • Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, édition de poche au choix (Folio classique, Livre de Poche, GF Flammarion).
  • Honoré de Balzac, « Avant-propos » de La Comédie humaine.
  • Honoré de Balzac, Le Père Goriot.
  • Molière, L'Avare.