La crise de 1929 : une crise mondiale ? (dissertation corrigée, Terminale)

2 368 mots · ≈8 pages · Terminale · Dissertation

Corrigé de dissertation en histoire, niveau Terminale. Texte complet d'environ 2 300 mots, à lire comme un modèle de raisonnement.

Introduction : dissertation sur la crise de 1929

Au début des années 1930, au Brésil, des sacs de café par milliers finissent brûlés ou jetés à la mer, faute d'acheteurs à un prix qui couvre le coût du transport. La scène, absurde dans un monde où beaucoup ont faim, dit l'essentiel du sujet de cette dissertation sur la crise de 1929 : un effondrement né dans les salles de cotation de New York a fini par ruiner des planteurs qui n'avaient jamais possédé une action.

On appelle crise de 1929 l'enchaînement ouvert par le krach de la Bourse de New York, les 24 et 29 octobre 1929, et qui débouche sur la Grande Dépression des années 1930 : chute de la production, faillites, chômage de masse, effondrement des échanges. Se demander si elle fut mondiale, ce n'est pas seulement vérifier qu'elle a franchi les frontières des États-Unis. C'est se demander si elle a touché toutes les régions du monde, par quels mécanismes, avec quelle intensité, et si elle a appelé une réponse commune. Or le mot « mondiale » peut masquer de forts décalages : la France n'est vraiment atteinte qu'en 1931, l'URSS reste en partie à l'écart, et chaque gouvernement se replie sur ses propres remèdes.

Dans quelle mesure une crise d'abord américaine est-elle devenue une crise mondiale, et pourquoi cette dimension planétaire a-t-elle produit des réponses avant tout nationales ?

Nous montrerons d'abord comment le krach se transforme en dépression aux États-Unis, puis par quels canaux celle-ci gagne le reste du monde, avant d'examiner les limites de cette mondialisation de la crise, visibles dans la diversité des situations et des remèdes.

Plan détaillé

I. De Wall Street à la dépression américaine (1929-1932)

  • A. Une prospérité adossée au crédit et à la spéculation
  • B. Octobre 1929 : la panique et ses relais
  • C. Une économie qui s'enfonce : banques, usines, fermes

II. Les chemins de la contagion

  • A. Le reflux des capitaux et le séisme bancaire européen de 1931
  • B. Les pays producteurs de matières premières, premières victimes silencieuses
  • C. Le chacun-pour-soi : tarifs douaniers et fin de l'étalon-or

III. Une crise mondiale vécue en ordre dispersé

  • A. Des calendriers et des intensités très inégaux
  • B. Relancer, déflater ou planifier : des remèdes nationaux
  • C. Quand la crise économique devient crise politique

Conclusion et ouverture

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I. De Wall Street à la dépression américaine (1929-1932)

Pour comprendre pourquoi le monde entier a été ébranlé, il faut d'abord saisir pourquoi l'économie américaine, la plus puissante de l'époque, s'est effondrée si vite.

A. Une prospérité adossée au crédit et à la spéculation

Dans les années 1920, les États-Unis sont devenus le premier pays industriel et le premier créancier de la planète. L'automobile, l'électroménager, la radio se diffusent dans les foyers des classes moyennes, souvent grâce à l'achat à tempérament. Cette prospérité a cependant des fondations fragiles. Les salaires progressent moins vite que la productivité, si bien que la consommation repose de plus en plus sur l'endettement. Les campagnes, elles, ne connaissent guère les « années folles » : depuis la fin de la guerre, les agriculteurs américains souffrent de prix bas et s'endettent pour moderniser leurs exploitations.

À la Bourse de New York, la hausse des cours devient à la fin de la décennie une affaire de croyance collective. On achète des actions avec de l'argent emprunté, en ne versant comptant qu'une petite part du prix : tant que les cours montent, le pari paraît sans risque. John Kenneth Galbraith, dans son livre sur le krach, a bien montré cette atmosphère où la valeur d'un titre ne dépend plus des bénéfices de l'entreprise mais de l'espoir de le revendre plus cher.

B. Octobre 1929 : la panique et ses relais

Le jeudi 24 octobre 1929, un afflux massif d'ordres de vente provoque l'effondrement des cours ; une intervention de grands banquiers calme brièvement le marché. Le mardi 29 octobre, la chute reprend avec une violence plus grande encore. Les spéculateurs endettés doivent vendre pour rembourser, ce qui accélère la baisse.

Le krach seul n'explique pourtant pas la dépression : des chutes boursières brutales avaient eu lieu auparavant sans entraîner l'économie entière. Ce qui change en 1929, c'est la transmission du choc. Les ménages ruinés ou inquiets cessent d'acheter des biens durables ; les banques, qui avaient prêté aux spéculateurs, subissent des pertes ; les entreprises, voyant leurs ventes reculer, réduisent leur production et licencient. Le président Hoover répète que la reprise est proche, mais l'État fédéral reste fidèle à l'orthodoxie budgétaire et n'intervient que timidement.

C. Une économie qui s'enfonce : banques, usines, fermes

Entre 1930 et 1932, les États-Unis connaissent plusieurs vagues de paniques bancaires : les déposants se précipitent aux guichets pour retirer leurs économies, et des milliers de petites banques ferment, emportant l'épargne de leurs clients. La quantité de crédit disponible se contracte, ce qui étrangle les entreprises. La production industrielle s'effondre de près de moitié et, au creux de la dépression, environ un actif sur quatre est sans emploi.

Le paysage social se transforme : soupes populaires, campements de fortune surnommés « Hoovervilles » aux abords des villes, fermiers saisis par leurs créanciers. Le roman de John Steinbeck Les Raisins de la colère, publié en 1939, suit l'exode d'une famille de l'Oklahoma vers la Californie et donne une image durable de cette misère rurale, aggravée par la sécheresse et les tempêtes de poussière. La crise américaine est donc totale : financière, bancaire, industrielle, agricole et sociale. Reste à comprendre comment elle a traversé les océans.

II. Les chemins de la contagion

La crise devient mondiale parce que l'économie des années 1920 est déjà profondément interdépendante, et que les États-Unis en occupent le centre.

A. Le reflux des capitaux et le séisme bancaire européen de 1931

Après la guerre, l'Allemagne a reconstruit son économie et payé une partie de ses réparations grâce aux prêts américains, notamment dans le cadre du plan Dawes de 1924. Le circuit était fragile : les capitaux américains finançaient l'Allemagne, qui payait la France et le Royaume-Uni, qui remboursaient à leur tour leurs dettes de guerre aux États-Unis. Dès que les banques américaines, en difficulté, rapatrient leurs fonds, ce circuit se brise.

L'année 1931 marque le passage d'une crise américaine à une crise mondiale. En mai, la faillite du Creditanstalt, première banque d'Autriche, déclenche une panique qui gagne l'Allemagne pendant l'été. Le président Hoover propose en juin un moratoire d'un an sur les dettes et les réparations, sans parvenir à rétablir la confiance. En septembre, le Royaume-Uni, dont la monnaie est attaquée, abandonne la convertibilité de la livre en or. La finance internationale, organisée autour de Londres et de New York, cesse de fonctionner comme un système.

B. Les pays producteurs de matières premières, premières victimes silencieuses

Les pays qui vivent de l'exportation de produits agricoles ou miniers sont frappés de plein fouet, souvent avant même l'Europe industrielle. Quand la demande des pays riches recule, le prix du café, du blé, du caoutchouc, du cuivre ou du sucre s'effondre. Le Brésil, l'Argentine, l'Australie, les colonies d'Afrique et d'Asie voient leurs recettes fondre, alors que leurs dettes, libellées en monnaies fortes, restent inchangées.

C'est là que l'image du café brûlé prend son sens : pour soutenir les cours, l'État brésilien rachète et détruit une partie des récoltes. Dans plusieurs pays d'Amérique latine, l'effondrement des revenus d'exportation contribue à renverser les gouvernements en place au début des années 1930. Pour les sociétés colonisées, la crise signifie baisse des revenus paysans, maintien de l'impôt colonial et prise de conscience que la prospérité de la métropole ne les protège pas. Cette dimension, longtemps négligée par une histoire centrée sur l'Occident, est pourtant décisive pour qualifier la crise de mondiale.

C. Le chacun-pour-soi : tarifs douaniers et fin de l'étalon-or

Face à la crise, chaque État cherche à protéger son marché intérieur. En 1930, le Congrès américain adopte le tarif Hawley-Smoot, qui relève fortement les droits de douane ; de nombreux partenaires répliquent. Le Royaume-Uni se tourne vers la préférence impériale, la France vers son empire colonial. L'économiste Charles Kindleberger a représenté la contraction des importations mondiales par une spirale qui se resserre mois après mois : en quatre ans, le commerce international fond d'environ deux tiers en valeur.

La monnaie suit le même mouvement de fragmentation. Après la livre en 1931, le dollar est dévalué en 1933-1934 ; la France, la Belgique, la Suisse ou les Pays-Bas forment un « bloc-or » qui s'accroche à la parité métallique, au prix d'une récession prolongée. La conférence économique de Londres, en 1933, échoue à coordonner les politiques. Le paradoxe est donc complet : la crise est mondiale par sa diffusion, mais elle détruit les instruments mêmes d'une économie mondiale.

III. Une crise mondiale vécue en ordre dispersé

Parler de crise mondiale ne doit pas conduire à imaginer une vague uniforme. Les décalages et les réponses nationales sont aussi importants que la contagion.

A. Des calendriers et des intensités très inégaux

L'Allemagne et les États-Unis sont les pays les plus durement touchés : au début de 1932, l'Allemagne compte environ six millions de chômeurs. La France, moins dépendante des capitaux américains et dotée d'importantes réserves d'or, semble d'abord épargnée ; la crise n'y devient sensible qu'en 1931, mais elle s'y installe plus longtemps, faute de dévaluation. Le Royaume-Uni, après la sortie de l'or, connaît une reprise relative dès le milieu des années 1930, tout en laissant ses vieilles régions industrielles dans le marasme.

L'URSS fait figure d'exception apparente. Engagée depuis 1928 dans le premier plan quinquennal, coupée des marchés financiers occidentaux, elle n'est pas frappée par la dépression capitaliste au même titre que les autres. La propagande soviétique y voit la preuve de la supériorité de la planification, ce qui passe sous silence la collectivisation forcée et la famine meurtrière qui frappent le pays au même moment, pour des raisons sans lien avec Wall Street. La crise est donc mondiale par son extension, mais non homogène.

B. Relancer, déflater ou planifier : des remèdes nationaux

Les gouvernements répondent d'abord par la déflation : baisse des dépenses publiques, des salaires et des prix pour restaurer la compétitivité et l'équilibre budgétaire. C'est la politique du chancelier Brüning en Allemagne, puis celle de Pierre Laval en France en 1935, avec ses décrets-lois réduisant les traitements des fonctionnaires. Elle aggrave presque partout la contraction de la demande.

Aux États-Unis, Franklin D. Roosevelt, élu en novembre 1932 et entré en fonctions en mars 1933, engage le New Deal. Dès 1933, il assainit le système bancaire, sépare banques de dépôt et banques d'affaires, soutient les prix agricoles, lance de grands travaux comme ceux de la Tennessee Valley Authority. Un second train de mesures, en 1935, crée une assurance vieillesse et chômage fédérale et renforce les droits syndicaux. Le New Deal ne fait pas disparaître le chômage, mais il transforme le rôle de l'État fédéral. Au même moment, l'économiste britannique John Maynard Keynes justifie dans son grand livre de 1936, la Théorie générale, l'idée qu'une dépense publique peut relancer une économie paralysée par l'insuffisance de la demande. La France du Front populaire, en 1936, tente une politique de relance par les salaires et finit par dévaluer le franc.

C. Quand la crise économique devient crise politique

La conséquence la plus lourde de la crise est politique. En Allemagne, le chômage de masse et la déflation discréditent la république de Weimar et nourrissent la progression électorale du parti nazi ; Hitler devient chancelier le 30 janvier 1933. Le réarmement et les grands travaux du régime résorbent ensuite le chômage, au service d'un projet de guerre. Au Japon, la crise frappe durement les campagnes et renforce les militaires partisans de l'expansion, qui envahissent la Mandchourie en 1931.

Dans les démocraties, la crise fragilise les partis de gouvernement et radicalise les débats, comme le montre en France la crise du 6 février 1934, mais les institutions résistent. À l'échelle du monde, la Grande Dépression contribue à détruire ce qui restait de coopération internationale : la Société des Nations est impuissante, chaque puissance cherche dans son empire ou dans la conquête un espace économique protégé. La crise mondiale débouche ainsi, par des chemins nationaux, sur une marche à la guerre.

Conclusion et ouverture

La crise de 1929 mérite bien le qualificatif de mondiale. Partie d'un krach boursier new-yorkais, elle s'est propagée par les canaux d'une économie déjà interdépendante : capitaux américains, système bancaire international, commerce des matières premières, étalon-or. Elle a touché aussi bien les grandes puissances industrielles que les pays exportateurs de café ou de caoutchouc et les sociétés colonisées. Mais cette crise mondiale a été vécue de manière très inégale selon les pays, et surtout combattue par des réponses strictement nationales, protectionnistes ou autoritaires, qui ont aggravé la fragmentation du monde et préparé les affrontements de la décennie suivante.

En guise d'ouverture, on peut noter que les vainqueurs de 1945 ont tiré les leçons de cet échec : les accords de Bretton Woods en 1944, puis le GATT en 1947, cherchent à empêcher le retour des dévaluations compétitives et des guerres tarifaires. Lors de la crise financière de 2008, les dirigeants occidentaux ont d'ailleurs explicitement invoqué le précédent des années 1930 pour justifier le sauvetage des banques et une coordination internationale : preuve que la crise de 1929 reste une référence de ce qu'il ne faut pas refaire.

Autres sujets possibles sur la crise de 1929

  • « Pourquoi le krach boursier de 1929 devient-il une crise économique durable ? » Insister sur les mécanismes de transmission (banques, crédit, demande) plutôt que sur le récit des journées d'octobre.
  • « La crise des années 1930 en France : une crise tardive mais longue ? » Comparer le calendrier français à celui des États-Unis et de l'Allemagne, et expliquer le rôle du bloc-or.
  • « Le New Deal a-t-il sauvé l'économie américaine ? » Distinguer les résultats économiques, mitigés, et la transformation durable du rôle de l'État fédéral.
  • « Crise économique et montée des totalitarismes dans les années 1930 » Montrer le lien sans le rendre mécanique : la crise est une condition, non une cause unique.
  • « Les sociétés colonisées face à la Grande Dépression » Un sujet plus rare qui permet de décentrer le regard vers les producteurs de matières premières.

Bibliographie

  • John Kenneth Galbraith, La Crise économique de 1929. Anatomie d'une catastrophe financière.
  • Charles P. Kindleberger, La Grande Crise mondiale 1929-1939.
  • Bernard Gazier, La Crise de 1929, coll. « Que sais-je ? », PUF.
  • John Steinbeck, Les Raisins de la colère (roman).