Fiche d'histoire — Lycée (Seconde et Première) — résumé et bilan, environ 2 100 mots.
Introduction : un examen né d'un décret impérial
Chaque printemps, des centaines de milliers d'élèves passent un examen dont l'acte de naissance porte la signature de Napoléon. Le baccalauréat moderne est organisé par un décret de mars 1808, qui fonde aussi l'Université impériale. Le préfet qui représente l'État dans chaque département, la Légion d'honneur, la Banque de France, le Code civil : la liste de ce qui subsiste du régime napoléonien est longue, et pourtant l'Empire n'a duré qu'une dizaine d'années et s'est achevé dans une double défaite militaire.
Ce contraste est le fil de cette fiche. Le Premier Empire (1804-1815) a deux visages que l'on sépare rarement assez nettement : un État construit pour durer, et une domination européenne fondée sur la guerre, qui ne pouvait pas durer. Beaucoup d'institutions datent d'ailleurs du Consulat (1799-1804) ; l'Empire les consolide et leur donne un cadre monarchique.
Une date permet de saisir ces deux visages d'un coup d'œil. Le 21 mars 1804, le Code civil est promulgué. Le même jour, à l'aube, dans les fossés du château de Vincennes, le duc d'Enghien, prince de la famille des Bourbons enlevé en territoire allemand, est fusillé après un jugement expéditif. D'un côté, l'ordre juridique ; de l'autre, la violence d'État qui prépare le passage à l'Empire.
Problématique : comment un régime né de la Révolution a-t-il pu fonder une monarchie héréditaire, dominer l'Europe puis s'effondrer en quelques années, tout en laissant à la France des structures toujours en place ?
Plan détaillé
1. 1804 : transformer un consul en empereur
- Le choix de l'hérédité
- Le sacre, une mise en scène calculée
2. L'État napoléonien : encadrer la société
- Le Code civil : l'égalité civile et ses limites
- Administration, école, distinctions
- Un régime autoritaire
3. La Grande Armée et le Grand Empire (1805-1809)
- Les années de victoires
- Une Europe remodelée
4. Le blocus continental : la guerre par l'économie
5. L'effondrement (1808-1815)
- L'Espagne, première fissure
- La campagne de Russie
- De Leipzig à l'île d'Elbe
- Les Cent-Jours et Waterloo
6. L'héritage : ce qui reste, ce qui divise
Repères à retenir · Conclusion · Bibliographie
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1. 1804 : transformer un consul en empereur
Le choix de l'hérédité
Depuis 1802, Bonaparte est consul à vie. Mais sa mort, ou son assassinat, ferait tout tomber : les complots royalistes se multiplient, dont celui de Cadoudal découvert au début de 1804. Ses partisans en tirent une conclusion : pour rassurer ceux qui ont profité de la Révolution (acquéreurs de biens nationaux, nouveaux fonctionnaires, militaires), il faut un pouvoir héréditaire. Le 18 mai 1804, un sénatus-consulte confie le gouvernement de la République à un empereur. Un plébiscite ratifie l'hérédité : plusieurs millions de « oui » contre quelques milliers de « non », dans un vote public et peu libre.
Le paradoxe est assumé : les premières monnaies de l'Empire portent encore l'inscription « République française ». Napoléon se présente comme celui qui stabilise la Révolution, pas comme celui qui l'abolit.
Le sacre, une mise en scène calculée
Le 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris, le pape Pie VII assiste au sacre. Au moment décisif, Napoléon se couronne lui-même, puis couronne Joséphine : il tient sa couronne de lui-même et de la Nation, pas de l'Église. Le tableau de David, Le Sacre de Napoléon, construit à son tour la légende : la mère de l'empereur, Letizia, y figure en bonne place alors qu'elle n'était pas présente. C'est un bon exemple, en commentaire de document, d'image de propagande que l'on ne peut pas lire comme une photographie.
2. L'État napoléonien : encadrer la société
Le Code civil : l'égalité civile et ses limites
Rédigé par une commission de juristes dont Portalis est la figure la plus connue, le Code civil de 1804 rassemble en un seul texte un droit qui variait jusque-là selon les provinces. Il consacre les acquis de 1789 : égalité devant la loi, liberté individuelle, propriété privée garantie, état civil laïc, mariage civil. Il conserve le divorce, mais en le restreignant.
Il est aussi le code d'une société patriarcale. La femme mariée y est juridiquement soumise à son mari, qui gère les biens du ménage ; le père dispose d'une autorité très forte sur ses enfants. Rebaptisé « Code Napoléon » en 1807, il est imposé ou imité dans une grande partie de l'Europe conquise, notamment en Belgique, aux Pays-Bas, en Rhénanie et en Italie : c'est l'une des exportations les plus durables de l'Empire.
Administration, école, distinctions
L'Empire hérite du Consulat une administration très centralisée : un préfet par département (depuis 1800), nommé par le gouvernement, et des maires nommés eux aussi. Il y ajoute la Cour des comptes (1807) et l'Université impériale (1808), chargée de contrôler tout l'enseignement. Les lycées, créés en 1802, forment les futurs officiers et fonctionnaires, en uniforme et au son du tambour.
Pour s'attacher les élites, Napoléon distribue des honneurs : la Légion d'honneur (1802) récompense militaires et civils, et une noblesse d'Empire est créée en 1808, avec des titres de comte ou de baron liés aux services rendus. Cette noblesse n'a pas de privilèges fiscaux : elle est une récompense, pas un ordre.
Un régime autoritaire
Les libertés de 1789 sont étroitement bornées. La presse est réduite à quelques journaux contrôlés, la police de Fouché surveille les opposants, les élections ne choisissent plus vraiment personne. Le Concordat de 1801 avec la papauté a réconcilié l'État avec l'Église catholique, mais l'Empire attend des prêtres qu'ils servent le régime ; un catéchisme impérial enseigne aux enfants leurs devoirs envers l'empereur. Enfin, il faut rappeler que l'esclavage, aboli en 1794, a été rétabli dans les colonies par la loi de mai 1802, sous le Consulat.
3. La Grande Armée et le Grand Empire (1805-1809)
Les années de victoires
L'armée réunie au camp de Boulogne pour envahir l'Angleterre prend le nom de Grande Armée. Le projet d'invasion est abandonné : le 21 octobre 1805, la flotte franco-espagnole est détruite à Trafalgar par Nelson, qui y trouve la mort. La mer reste britannique pour tout le reste de la période.
Sur le continent, en revanche, les campagnes s'enchaînent :
| Date | Bataille ou traité | Résultat |
|---|---|---|
| 2 décembre 1805 | Austerlitz | Victoire sur l'Autriche et la Russie, un an jour pour jour après le sacre |
| 14 octobre 1806 | Iéna et Auerstedt | Effondrement de l'armée prussienne |
| Juin 1807 | Friedland | Victoire sur les Russes |
| Juillet 1807 | Traités de Tilsit | Entente avec le tsar Alexandre Ier, Prusse amputée |
| Juillet 1809 | Wagram | Nouvelle victoire sur l'Autriche |
Le secret de ces victoires tient à une armée de conscrits nombreuse, organisée en corps d'armée capables de manœuvrer séparément puis de converger, et à la rapidité de décision d'un chef qui est à la fois chef d'État et général en chef.
Une Europe remodelée
En 1806, Napoléon crée la Confédération du Rhin et le Saint-Empire romain germanique disparaît après plus de huit siècles d'existence. Les frères de l'empereur deviennent rois : Louis en Hollande, Joseph à Naples puis en Espagne, Jérôme en Westphalie. Vers 1811, l'Empire compte environ 130 départements, de Hambourg à Rome. En 1810, le mariage avec Marie-Louise d'Autriche doit donner à cette construction une légitimité dynastique ; un fils naît en 1811, titré roi de Rome.
4. Le blocus continental : la guerre par l'économie
Ne pouvant battre le Royaume-Uni sur mer, Napoléon tente de l'asphyxier. Le décret de Berlin, le 21 novembre 1806, interdit tout commerce avec les îles Britanniques ; les décrets de Milan, fin 1807, le durcissent. Le calcul : privée de débouchés en Europe, l'économie anglaise s'effondrerait.
Le blocus échoue pour trois raisons. Les Britanniques gardent les marchés d'outre-mer et développent la contrebande. Les ports européens (Hambourg, Amsterdam, Bordeaux) souffrent davantage que Londres. Surtout, le blocus oblige à contrôler toutes les côtes, et donc à étendre sans fin la conquête : intervention au Portugal en 1807, en Espagne en 1808, annexion des États pontificaux en 1809 et de la Hollande en 1810. Lorsque la Russie, dont l'économie dépend des exportations vers l'Angleterre, s'en écarte fin 1810, la guerre devient probable. Le blocus est la mécanique qui transforme une domination en fuite en avant.
5. L'effondrement (1808-1815)
L'Espagne, première fissure
En 1808, Napoléon place son frère Joseph sur le trône d'Espagne. Le soulèvement de Madrid du 2 mai 1808, réprimé dans le sang (Goya en a tiré deux tableaux célèbres), ouvre une guerre de guérillas qui immobilise une partie importante de l'armée pendant des années. En juillet 1808, la capitulation d'une armée française à Bailén montre pour la première fois que l'Empire peut perdre.
La campagne de Russie
Le 24 juin 1812, la Grande Armée franchit le Niémen : environ 600 000 hommes, dont une grande partie ne sont pas français (Allemands, Polonais, Italiens…). Les Russes reculent, brûlent les récoltes, refusent la bataille. Celle de la Moskova (Borodino), le 7 septembre, est un carnage sans décision. Napoléon entre à Moscou le 14 septembre ; la ville brûle, le tsar ne négocie pas. La retraite commence le 19 octobre, dans le froid, la faim et le harcèlement des cosaques. Le passage de la Bérézina, fin novembre, sauve ce qui reste de l'armée au prix d'immenses pertes. Seules quelques dizaines de milliers d'hommes repassent la frontière. L'empereur, lui, rentre en hâte à Paris, où un général, Malet, a failli réussir un coup d'État en annonçant sa mort.
De Leipzig à l'île d'Elbe
En 1813, la Prusse puis l'Autriche rejoignent la coalition. À Leipzig, du 16 au 19 octobre, la « bataille des Nations » chasse les Français d'Allemagne. En 1814, Napoléon livre en Champagne une campagne brillante mais trop tardive ; les Alliés entrent dans Paris le 31 mars. Le 6 avril, il abdique à Fontainebleau et reçoit la souveraineté de l'île d'Elbe. Louis XVIII, frère de Louis XVI, monte sur le trône et octroie la Charte.
Les Cent-Jours et Waterloo
Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan avec quelques centaines d'hommes. Il évite la vallée du Rhône royaliste et passe par les Alpes ; près de Laffrey, les soldats envoyés pour l'arrêter se rallient à lui. Il est aux Tuileries le 20 mars, Louis XVIII ayant fui. Pour gagner les libéraux, il fait rédiger par Benjamin Constant l'Acte additionnel, plus libéral que les constitutions impériales.
L'Europe réunie au congrès de Vienne le met hors la loi. Le 18 juin 1815, près de Waterloo, en Belgique, il affronte l'armée anglo-néerlandaise et allemande de Wellington ; l'arrivée des Prussiens de Blücher en fin de journée décide de la défaite, tandis que le corps de Grouchy, lancé à leur poursuite, ne revient pas. Le 22 juin, il abdique une seconde fois. Exilé par les Britanniques à Sainte-Hélène, dans l'Atlantique Sud, il y meurt le 5 mai 1821.
6. L'héritage : ce qui reste, ce qui divise
Ce qui reste en France. L'architecture de l'État : centralisation préfectorale, Conseil d'État, Cour des comptes, lycées et baccalauréat, Légion d'honneur, Banque de France, et surtout le Code civil, maintes fois réformé mais jamais remplacé. La Restauration de 1814 n'a pas osé y toucher pour l'essentiel : elle a gardé l'égalité civile et la propriété des biens nationaux.
Ce qui reste en Europe. La carte a été simplifiée (des centaines de petits États allemands ont disparu), le Code civil a diffusé l'égalité juridique, et l'occupation a réveillé des sentiments nationaux en Espagne, en Allemagne et en Italie, souvent tournés contre la France elle-même.
Ce qui divise. Le coût humain des guerres, de l'ordre de plusieurs centaines de milliers de morts français et bien davantage pour l'ensemble de l'Europe ; le rétablissement de l'esclavage ; la soumission juridique des femmes ; l'autoritarisme. Les commémorations de 2021, pour le bicentenaire de sa mort, ont montré que ces débats restent vifs.
La légende. Elle commence à Sainte-Hélène : le Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases, publié en 1823, présente un Napoléon défenseur des peuples et de la Révolution. Le retour des cendres aux Invalides, en 1840, puis l'élection de son neveu Louis-Napoléon Bonaparte en 1848 montrent la force politique de ce souvenir. L'historien Sudhir Hazareesingh a étudié cette fabrication du mythe ; Jean Tulard parle d'un « mythe du sauveur ».
Repères à retenir
| Date | Événement |
|---|---|
| 21 mars 1804 | Code civil ; exécution du duc d'Enghien |
| 18 mai 1804 | Proclamation de l'Empire |
| 2 décembre 1804 | Sacre à Notre-Dame |
| 21 octobre 1805 | Trafalgar |
| 2 décembre 1805 | Austerlitz |
| 21 novembre 1806 | Décret de Berlin : blocus continental |
| 1808 | Guerre d'Espagne ; noblesse d'Empire ; Université impériale et baccalauréat |
| Juin-décembre 1812 | Campagne de Russie |
| 16-19 octobre 1813 | Leipzig |
| 6 avril 1814 | Première abdication |
| 1er mars-22 juin 1815 | Les Cent-Jours |
| 18 juin 1815 | Waterloo |
| 5 mai 1821 | Mort à Sainte-Hélène |
Conclusion
L'Empire napoléonien a échoué là où il voulait le plus réussir, dans la domination de l'Europe, et réussi là où il ne cherchait qu'à gouverner, dans l'organisation de l'État. La guerre permanente, nourrie par le blocus, rendait la conquête intenable ; les institutions, elles, répondaient au besoin d'ordre d'une société sortie de dix ans de révolution. Pour prolonger la réflexion, on peut se demander pourquoi la France a connu un second Empire en 1852 : la légende avait-elle effacé le souvenir de Waterloo ?
Bibliographie
- Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Fayard.
- Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, Fayard.
- Natalie Petiteau, Napoléon, de la mythologie à l'histoire.
- Annie Jourdan, L'Empire de Napoléon.
- Sudhir Hazareesingh, La Légende de Napoléon.