La Cantatrice chauve d'Ionesco : résumé scène par scène et fiche de lecture

2 273 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 300 mots.

Présentation de l'œuvre

Auteur. Eugène Ionesco (1909-1994), né en Roumanie d'un père roumain et d'une mère française, a passé une partie de son enfance en France avant de s'y installer définitivement. La Cantatrice chauve est sa première pièce ; il deviendra l'un des dramaturges les plus joués au monde et entrera à l'Académie française en 1970.

Genre et création. Pièce en un acte et onze scènes, sous-titrée « anti-pièce », créée en mai 1950 au théâtre des Noctambules, à Paris, par Nicolas Bataille. L'accueil est maigre, la salle souvent presque vide. Quelques années plus tard, la pièce est reprise au théâtre de la Huchette, où elle se joue encore aujourd'hui sans interruption. Ionesco a raconté qu'elle était née de ses tentatives pour apprendre l'anglais avec une méthode de conversation, dont les phrases d'une évidence absolue l'avaient frappé.

Situation. Un intérieur bourgeois anglais. M. et Mme Smith reçoivent M. et Mme Martin. Une bonne, Mary, et un capitaine des pompiers viennent troubler la soirée. Aucune cantatrice, chauve ou non, n'apparaît. L'œuvre étant protégée par le droit d'auteur, cette fiche en résume le contenu avec nos propres mots et ne cite que des fragments de trois mots au plus.

Le fil conducteur de cette fiche : une soirée selon le savoir-vivre

On résume souvent la pièce comme une suite de non-sens. Elle a pourtant un squelette très reconnaissable : celui d'une réception mondaine. Il y a le couple qui digère, les invités en retard, la conversation qu'on relance, le visiteur imprévu, l'anecdote du dessert, le départ. Ionesco suit ce protocole pas à pas et le fait dérailler à chaque étape. Nous regrouperons donc les onze scènes en cinq moments de la soirée, en notant chaque fois la règle de politesse qui se retourne. Le numérotage des scènes est celui de l'édition courante ; il peut légèrement varier selon les éditions.

Plan de la fiche

Résumé

  • Scène 1 : après le dîner, le couple et la pendule
  • Scènes 2 et 3 : la bonne, et les invités qui attendent à la porte
  • Scènes 4 à 6 : les invités se reconnaissent (ou pas)
  • Scènes 7 à 10 : la conversation de salon et le pompier
  • Scène 11 : la conversation explose, la soirée recommence

Analyse

  • Les personnages, ou les pièces interchangeables
  • Les thèmes
  • Les procédés de l'anti-pièce
  • Avis argumenté
  • Questions de compréhension et corrigé

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Résumé

Scène 1 : après le dîner, le couple et la pendule

Règle visée : la conversation conjugale.

Le décor insiste lourdement sur son caractère anglais : fauteuils anglais, pipe anglaise, soirée anglaise, et une pendule anglaise qui sonne un nombre de coups invraisemblable. M. Smith lit son journal en faisant claquer sa langue. Mme Smith, en reprisant des chaussettes, détaille le menu qu'ils viennent de manger, comme si son mari n'avait pas été à table : soupe, poisson, pommes de terre au lard, salade. Elle en tire des conclusions sur l'eau, les yaourts, la médecine.

La conversation glisse vers une nécrologie lue dans le journal. Un certain Bobby Watson est mort. Depuis quand ? Les dates ne concordent pas. Puis il apparaît que sa femme s'appelle aussi Bobby Watson, et leurs enfants, et l'oncle, et la tante, et presque tout le monde dans la famille, tous commis voyageurs. Le nom propre, qui devrait distinguer une personne, ne distingue plus rien. Les époux se disputent brièvement, puis se réconcilient d'un baiser mécanique, et vont se préparer pour accueillir des invités dont ils n'avaient pas parlé.

Scènes 2 et 3 : la bonne, et les invités qui attendent à la porte

Règle visée : l'accueil.

Mary, la bonne, entre et raconte son après-midi : elle est sortie avec un homme, a vu un film, a bu de l'eau-de-vie et du lait, puis a lu le journal. Elle annonce que les Martin, invités à dîner, attendaient à la porte sans oser entrer ; les Smith, qui ont déjà mangé, affirment pourtant qu'ils n'ont rien pris depuis le matin. Personne ne relève la contradiction.

Mary fait entrer les Martin et les gronde d'être arrivés en retard, alors que ce sont les maîtres de maison qui ne sont pas prêts. Les rôles sociaux sont inversés : la domestique fait la leçon aux invités.

Scènes 4 à 6 : les invités se reconnaissent (ou pas)

Règle visée : les présentations.

Restés seuls, M. et Mme Martin se parlent comme deux inconnus qui croient s'être déjà vus. Avec une politesse monotone, ils comparent leurs souvenirs. Tous deux sont originaires de Manchester, ont pris le même train, à la même heure, dans le même wagon, le même compartiment, face à face. Tous deux habitent à Londres, la même rue, le même numéro, le même appartement, et dorment dans la même chambre, dans le même lit. Tous deux ont une petite fille prénommée Alice, avec un œil blanc et un œil rouge. Au terme de cette enquête, ils concluent qu'ils sont mari et femme, s'embrassent et s'endorment dans un fauteuil. La pendule sonne n'importe comment.

Mary revient sur la pointe des pieds et s'adresse au public. Elle révèle que la preuve est fausse : la fille de l'un a l'œil blanc à droite, la fille de l'autre l'a à gauche. Donald n'est donc pas Donald, Élisabeth n'est pas Élisabeth. Puis elle confie, comme un secret, que son vrai nom est Sherlock Holmes. Le détective est donc la bonne, et l'enquête ne conclut à rien. Les Martin, réveillés, décident d'ignorer ce doute et de rester ensemble.

Scènes 7 à 10 : la conversation de salon et le pompier

Règle visée : faire la conversation, recevoir un visiteur, raconter une histoire.

Les Smith reviennent, vêtus exactement comme avant, alors qu'ils étaient partis se changer. Hôtes et invités s'assoient. Suit une longue séquence de silences gênés, de toux, de raclements de gorge et de petites phrases qui n'appellent pas de réponse. Pour relancer, Mme Martin raconte un événement extraordinaire vu dans la rue : un homme qui renouait son lacet. M. Martin surenchérit : il a vu dans le métro un homme qui lisait tranquillement son journal. L'auditoire s'émerveille. Le banal est présenté comme un prodige.

On sonne. Mme Smith va ouvrir : personne. On sonne encore : personne. À la troisième fois, elle en tire une loi générale : quand on sonne, il n'y a jamais personne. Les hommes la contredisent. À la quatrième sonnerie, c'est le capitaine des pompiers, casque sur la tête, qui entre ; il attendait à la porte depuis un bon moment, et ses explications sur les coups de sonnette précédents, loin de trancher la dispute, la relancent.

Le pompier est en tournée : y a-t-il un feu dans la maison ? Il n'y en a pas, ce qui le désole, car les affaires vont mal. On le retient pour qu'il raconte des anecdotes. Il propose des fables absurdes, comme celle d'un chien et d'un bœuf, sans morale compréhensible, puis une longue histoire intitulée « Le Rhume », généalogie vertigineuse où chaque parent renvoie à un autre jusqu'à perdre toute référence. Mme Smith et les Martin racontent à leur tour des histoires sans queue ni tête.

Mary veut raconter une anecdote, elle aussi. On s'en offusque : une bonne ne se mêle pas à la conversation. Le pompier la reconnaît alors : ils ont été amoureux autrefois. Elle tient à réciter un poème en son honneur, « Le Feu », où tout prend feu, le monde comme les mots ; on la pousse dehors pendant qu'elle déclame. Le pompier doit partir, car un incendie est prévu à l'autre bout de la ville à une heure qui n'existe pas. Sur le seuil, il demande des nouvelles de la cantatrice chauve. Mme Smith répond qu'elle se coiffe toujours de la même façon, réponse aussi parfaite qu'absurde, et c'est l'unique mention du personnage-titre.

Scène 11 : la conversation explose, la soirée recommence

Règle visée : se dire au revoir.

Restés à quatre, les couples échangent d'abord des phrases de méthode d'anglais et des proverbes inventés, qui ressemblent à de vraies sentences mais ne veulent rien dire. Le rythme s'accélère, la politesse disparaît, les répliques deviennent des insultes, puis des jeux de sons, des allitérations, des syllabes, des voyelles et des consonnes jetées à la figure. Les quatre personnages, debout, se hurlent dessus une même phrase scandée, comme un chant de guerre. La lumière s'éteint.

Quand elle revient, M. et Mme Martin sont assis à la place des Smith et reprennent mot pour mot les répliques du début de la pièce. Le rideau tombe pendant qu'ils recommencent. La soirée n'a pas de fin : elle se rembobine.

Les personnages, ou les pièces interchangeables

Les Smith. Le couple qui reçoit. Ils incarnent la petite bourgeoisie sûre de ses habitudes : le journal, le dîner, les jugements définitifs. Mme Smith énonce des généralités ; M. Smith approuve ou contredit sans raison.

Les Martin. Les invités. Leur scène de reconnaissance montre un couple qui a perdu jusqu'au sentiment de se connaître. À la fin, ils remplacent les Smith : preuve que ces personnages sont des fonctions, non des individus.

Mary. La bonne qui déborde de son rôle : elle commente, révèle, déclame, se proclame détective. Elle est le grain de sable du protocole, celle qui rappelle au public qu'il assiste à une fabrication.

Le capitaine des pompiers. Visiteur venu de l'extérieur, professionnel sans travail, il apporte un semblant d'événement dans un salon où il ne se passe rien. Ses fables accélèrent la désagrégation du langage.

La cantatrice chauve. Personnage absent dont le titre est né, selon Ionesco, d'un lapsus d'acteur pendant les répétitions. Elle résume l'esprit de la pièce : le nom promet ce que l'œuvre ne tient pas.

Les thèmes

Le langage vidé. Les personnages ne manquent pas de mots, ils en ont trop, et tous déjà faits : lieux communs, formules de manuel, proverbes. La parole ne sert plus à communiquer mais à remplir.

L'identité dissoute. Une famille entière nommée Bobby Watson, un couple qui doit enquêter pour savoir s'il est marié, des Martin qui deviennent les Smith : personne n'est quelqu'un.

La critique de la bourgeoisie. Le confort, la routine, la conversation de salon sont tournés en dérision. Le monde bourgeois, réglé comme une pendule, se révèle déréglé.

La logique folle. Les personnages raisonnent beaucoup, et juste en apparence : la loi de la sonnette, la démonstration des Martin. Mais leur logique tourne à vide, appliquée à des prémisses absurdes.

La répétition. La fin ramène au début. Ce n'est pas une intrigue qui s'achève, c'est un mécanisme qui se relance, comme une machine sociale qui tourne sans conducteur.

Les procédés de l'anti-pièce

Le refus de l'intrigue. Pas d'exposition, pas de nœud, pas de dénouement. Ionesco détourne chaque passage obligé du théâtre : scène de reconnaissance sans révélation, coup de théâtre sans effet, titre sans personnage.

Les didascalies ironiques. La pendule qui sonne trop ou trop peu, les « anglais » répétés dans la didascalie initiale : le texte se moque de sa propre mise en scène.

L'accumulation et la gradation. Les coïncidences des Martin s'empilent jusqu'à l'évidence ; les répliques finales accélèrent jusqu'au cri. Le comique naît de la mécanique.

Le comique verbal. Calembours, non-sens, rimes, jeux sur les sons. Dans la scène finale, le langage se décompose en matière sonore pure.

La parodie. De la méthode de langue, du roman policier (Sherlock Holmes), de la fable, du drame bourgeois. La pièce se nourrit des genres qu'elle démolit.

Avis argumenté

La Cantatrice chauve déroute à la lecture, car on cherche une histoire qui ne vient pas. Mais dès qu'on la voit ou qu'on la lit à voix haute, elle devient irrésistible. Sa cible est très précise : non pas l'absurdité du monde en général, mais celle de nos conversations polies, de nos phrases toutes faites, de nos repas où l'on parle pour ne rien dire. Chacun a connu un dîner où quelqu'un raconte qu'il a vu un homme lacer sa chaussure. On peut trouver la scène finale épuisante ; elle l'est volontairement, comme une soirée qui dure trop. La pièce garde une étonnante actualité à l'heure des messages automatiques et des formules de politesse préremplies.

Questions de compréhension et corrigé

1. Pourquoi la pièce est-elle sous-titrée « anti-pièce » ? Parce qu'elle refuse les conventions du théâtre traditionnel : pas d'intrigue, pas de personnages psychologiques, un titre trompeur. Elle met le théâtre en question au lieu de raconter une histoire.

2. Que montre la scène de reconnaissance des Martin ? Elle parodie la scène de reconnaissance de la comédie classique. Deux époux doivent accumuler les preuves pour se savoir mariés ; Mary démontre ensuite que la preuve ne tient pas. Le couple est devenu si routinier que ses membres ne se reconnaissent plus.

3. Quel est le rôle de Mary ? Elle bouscule l'ordre social en grondant les invités, en voulant prendre la parole, en se disant détective. Elle s'adresse aussi directement au public et rappelle le caractère artificiel du spectacle.

4. Expliquez l'épisode de la sonnette. Mme Smith tire une loi générale de trois expériences : quand on sonne, il n'y a personne. La quatrième sonnerie la contredit. Ionesco se moque des raisonnements qui généralisent hâtivement et de la prétention à la logique.

5. Pourquoi la pièce finit-elle sur le recommencement ? Les Martin remplacent les Smith et rejouent la première scène. Cela montre que les personnages sont interchangeables et que la vie bourgeoise est une boucle sans fin, sans progrès ni sortie.

Conclusion

Lire La Cantatrice chauve comme une soirée mondaine permet de voir sa logique cachée : Ionesco ne fait pas n'importe quoi, il démonte une à une les règles du savoir-vivre et montre qu'elles tournent à vide. Pour prolonger, on peut lire La Leçon, où le langage devient arme, Rhinocéros, où le conformisme gagne une ville entière, ou Notes et contre-notes, où Ionesco commente son propre théâtre.

Bibliographie

  • Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, Gallimard, coll. « Folio ».
  • Eugène Ionesco, La Leçon.
  • Eugène Ionesco, Rhinocéros.
  • Eugène Ionesco, Notes et contre-notes, Gallimard.
  • Martin Esslin, Le Théâtre de l'absurde.