Fiche d'histoire — Lycée (Seconde et Première) — chronologie commentée, environ 2 000 mots.
Introduction : une période qui a changé la manière d'écrire les dates
La Révolution française est sans doute la seule période de notre histoire dont les acteurs ont voulu réécrire le calendrier. À partir de l'automne 1793, on ne date plus les actes officiels « 27 juillet 1794 » mais « 9 thermidor an II » ; l'an I commence le 22 septembre 1792, au lendemain de l'abolition de la royauté. Ce détail dit beaucoup : les révolutionnaires pensaient ouvrir une ère nouvelle, et c'est pourquoi plusieurs grands événements sont restés connus sous leur nom républicain (Thermidor, Fructidor, Brumaire).
Apprendre cette chronologie par cœur, ligne après ligne, ne mène pas loin : on retient des dates, on ne comprend pas l'enchaînement. La méthode proposée ici est différente. Pour chaque événement, le tableau indique qui prend l'initiative : les députés, le peuple parisien, le roi, l'armée. On voit alors se dessiner la logique de la décennie : en 1789, ce sont les assemblées et la rue qui mènent ; en 1799, c'est un général.
La décennie se découpe en cinq périodes, chacune correspondant à une réponse différente à la question : qui détient la souveraineté, et sous quelle forme ?
Question directrice : comment passe-t-on, en dix ans, d'une monarchie absolue à une République confiée à un général ?
Plan détaillé
Période 1 — Mai-octobre 1789 : la souveraineté change de mains
- Des États généraux à l'Assemblée constituante
- L'été de la Bastille, de la Grande Peur et du 4 août
Période 2 — 1790-1792 : une monarchie constitutionnelle qui ne tient pas
- Réorganiser la France
- Varennes et la guerre
Période 3 — Août 1792-juillet 1794 : la République en guerre
- La fin de la monarchie
- Le gouvernement révolutionnaire et la Terreur
Période 4 — Juillet 1794-octobre 1795 : sortir de la Terreur
Période 5 — 1795-1799 : le Directoire, une République sous tutelle militaire
Les dates que l'on confond · Conclusion · Pour aller plus loin
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Période 1 — Mai-octobre 1789 : la souveraineté change de mains
| Date | Événement | Qui agit ? |
|---|---|---|
| 5 mai 1789 | Ouverture des États généraux à Versailles | Le roi |
| 17 juin 1789 | Les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale | Les députés |
| 20 juin 1789 | Serment du Jeu de paume : ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution au royaume | Les députés |
| 9 juillet 1789 | L'Assemblée se déclare constituante | Les députés |
| 11 juillet 1789 | Renvoi du ministre Necker | Le roi |
| 14 juillet 1789 | Prise de la Bastille | Le peuple parisien |
| Fin juillet-début août 1789 | Grande Peur dans les campagnes ; châteaux attaqués, titres seigneuriaux brûlés | Les paysans |
| Nuit du 4 août 1789 | Abolition des privilèges et des droits féodaux (une partie devra d'abord être rachetée) | Les députés |
| 26 août 1789 | Déclaration des droits de l'homme et du citoyen | Les députés |
| 5-6 octobre 1789 | Marche sur Versailles ; la famille royale ramenée à Paris | Les Parisiennes et la garde nationale |
| 2 novembre 1789 | Les biens du clergé mis à la disposition de la Nation | Les députés |
Ce qu'il faut comprendre. En six semaines, de mai à juillet, le tiers état transforme une assemblée consultative convoquée par le roi en un pouvoir qui se réclame de la Nation. La date du 17 juin est la vraie rupture juridique : la souveraineté ne vient plus du roi. Le 14 juillet, lui, sauve cette assemblée, car Louis XVI avait massé des troupes autour de Paris. Puis les campagnes entrent en scène : c'est la peur et la violence paysannes de l'été qui poussent les députés, dans la nuit du 4 août, à démanteler la société d'ordres. L'historien Georges Lefebvre a montré, dans La Grande Peur de 1789, comment des rumeurs de « brigands » se sont propagées de village en village.
Regardez la colonne de droite : le roi n'y apparaît que deux fois, et jamais comme celui qui mène le jeu. Le renvoi de Necker, censé reprendre la main, déclenche au contraire l'insurrection parisienne.
Période 2 — 1790-1792 : une monarchie constitutionnelle qui ne tient pas
| Date | Événement | Qui agit ? |
|---|---|---|
| Début 1790 | Création des 83 départements | Les députés |
| 19 juin 1790 | Abolition de la noblesse héréditaire | Les députés |
| 12 juillet 1790 | Constitution civile du clergé | Les députés |
| 14 juillet 1790 | Fête de la Fédération au Champ-de-Mars | Gardes nationaux de tout le pays |
| Printemps 1791 | Le pape condamne la Constitution civile ; le clergé se divise entre jureurs et réfractaires | Le pape, les prêtres |
| 14 juin 1791 | Loi Le Chapelier : interdiction des corporations et des coalitions d'ouvriers | Les députés |
| 20-21 juin 1791 | Fuite du roi, arrêté à Varennes | Le roi |
| 17 juillet 1791 | Fusillade du Champ-de-Mars contre des pétitionnaires qui réclament la déchéance | La garde nationale |
| 3 septembre 1791 | Constitution : monarchie constitutionnelle, suffrage censitaire | Les députés |
| 1er octobre 1791 | Première réunion de l'Assemblée législative | Les députés |
| 20 avril 1792 | Déclaration de guerre au « roi de Bohême et de Hongrie » | Les députés et le roi |
| 20 juin 1792 | Les Tuileries envahies par la foule | Les sans-culottes |
| 11 juillet 1792 | « La patrie en danger » | Les députés |
Ce qu'il faut comprendre. Ces deux années construisent la France administrative que nous connaissons encore (départements, état civil laïc, fin des corporations), mais le compromis entre le roi et la Nation se fissure. Deux blessures sont décisives. La Constitution civile du clergé coupe le pays en deux sur la question religieuse, ce qui pèsera lourd dans l'Ouest. La fuite à Varennes détruit la confiance dans le roi : on découvre qu'il a voulu rejoindre la frontière. Enfin, la guerre, voulue à la fois par les Girondins (pour exporter la Révolution) et par le roi (qui espère une défaite), radicalise tout.
Période 3 — Août 1792-juillet 1794 : la République en guerre
| Date | Événement | Qui agit ? |
|---|---|---|
| 10 août 1792 | Prise des Tuileries ; le roi est suspendu | Les sections parisiennes, les fédérés |
| 2-6 septembre 1792 | Massacres dans les prisons parisiennes | La foule |
| 20 septembre 1792 | Victoire de Valmy ; première séance de la Convention | L'armée ; les députés |
| 21-22 septembre 1792 | Abolition de la royauté ; début de l'an I de la République | Les députés |
| 21 janvier 1793 | Exécution de Louis XVI | La Convention |
| Mars 1793 | Soulèvement de la Vendée ; création du Tribunal révolutionnaire | Paysans de l'Ouest ; la Convention |
| 6 avril 1793 | Création du Comité de salut public | La Convention |
| 31 mai-2 juin 1793 | Chute des Girondins sous la pression des sans-culottes | Les sections parisiennes |
| 24 juin 1793 | Constitution de l'an I, jamais appliquée | La Convention |
| 13 juillet 1793 | Assassinat de Marat par Charlotte Corday | Charlotte Corday, seule |
| 23 août 1793 | Levée en masse | La Convention |
| 5 et 17 septembre 1793 | La Terreur « à l'ordre du jour » ; loi des suspects | La Convention, sous la pression des sans-culottes |
| Octobre 1793 | Adoption du calendrier républicain ; exécution de Marie-Antoinette (16 octobre) | La Convention |
| 4 février 1794 | Première abolition de l'esclavage dans les colonies | La Convention |
| Mars-avril 1794 | Exécution des hébertistes puis de Danton | Le Comité de salut public |
| 8 juin 1794 | Fête de l'Être suprême | Robespierre |
| 10 juin 1794 | Loi du 22 prairial : la Grande Terreur | La Convention |
| 26 juin 1794 | Victoire de Fleurus | L'armée |
Ce qu'il faut comprendre. Cette période se lit comme une course entre la menace et la réponse. La guerre extérieure, la guerre de Vendée et les révoltes fédéralistes de l'été 1793 font craindre l'effondrement ; la Convention répond par la centralisation (Comité de salut public), la mobilisation (levée en masse) et la répression (loi des suspects). Le paradoxe central est là : la Grande Terreur de juin-juillet 1794 se déchaîne au moment où la victoire de Fleurus éloigne le danger extérieur. Les historiens débattent encore de cette « logique » de la Terreur : François Furet l'interprétait comme une dynamique propre à l'idéologie révolutionnaire, d'autres, comme Jean-Clément Martin, insistent sur l'improvisation et les rapports de force.
Période 4 — Juillet 1794-octobre 1795 : sortir de la Terreur
| Date | Événement | Qui agit ? |
|---|---|---|
| 27 juillet 1794 (9 thermidor an II) | Chute de Robespierre, guillotiné le lendemain | La Convention |
| Novembre 1794 | Fermeture du club des Jacobins | La Convention |
| Décembre 1794 | Suppression du maximum des prix | La Convention |
| Printemps 1795 | Journées de germinal et de prairial : émeutes de la faim réprimées | Le peuple parisien, puis l'armée |
| 22 août 1795 | Constitution de l'an III : deux chambres, cinq directeurs, suffrage censitaire | La Convention |
| 5 octobre 1795 (13 vendémiaire an IV) | Insurrection royaliste à Paris écrasée, notamment par Bonaparte | L'armée |
Ce qu'il faut comprendre. Les « thermidoriens » qui renversent Robespierre ne sont pas des modérés au départ ; plusieurs ont été de grands terroristes en province. Mais ils démantèlent le gouvernement révolutionnaire et ferment la parenthèse sans-culotte. La ligne de cette période est simple à retenir : la rue parisienne agit une dernière fois en 1795 et elle est vaincue. Le 13 vendémiaire montre qui arbitre désormais les crises : l'armée.
Période 5 — 1795-1799 : le Directoire, une République sous tutelle militaire
| Date | Événement | Qui agit ? |
|---|---|---|
| Fin octobre-début novembre 1795 | La Convention se sépare ; le Directoire s'installe | Les nouvelles assemblées |
| 1796-1797 | Campagne d'Italie de Bonaparte | L'armée |
| Mai 1796 | Arrestation de Babeuf (conjuration des Égaux), exécuté en 1797 | Le Directoire |
| 4 septembre 1797 (18 fructidor an V) | Coup d'État contre la majorité royaliste des Conseils | Les directeurs, appuyés par l'armée |
| 17 octobre 1797 | Traité de Campo-Formio avec l'Autriche | Bonaparte |
| 11 mai 1798 (22 floréal an VI) | Élections de députés jacobins annulées | Les directeurs |
| Mai 1798-1799 | Expédition d'Égypte ; flotte détruite à Aboukir le 1er août 1798 | L'armée |
| Septembre 1798 | Loi Jourdan sur la conscription | Les Conseils |
| 9 octobre 1799 | Bonaparte débarque à Fréjus, revenu d'Égypte | Bonaparte |
| 9-10 novembre 1799 (18-19 brumaire an VIII) | Coup d'État de Bonaparte ; naissance du Consulat | Bonaparte et Sieyès |
| 15 décembre 1799 | Proclamation des consuls : la Révolution est déclarée « finie » | Les consuls |
Ce qu'il faut comprendre. Le Directoire cherche à gouverner au centre, contre les royalistes et contre les jacobins. Pour y parvenir, il viole régulièrement le résultat des élections (Fructidor, Floréal) et fait appel aux soldats. Les généraux, enrichis par les conquêtes, deviennent indispensables. Brumaire n'est donc pas une surprise totale : il est préparé par Sieyès, qui cherchait une « épée », et rendu possible par quatre ans de coups de force. La colonne « Qui agit ? » de cette dernière période le dit sans commentaire : le mot « armée » remplace le mot « peuple ».
Les dates que l'on confond
| On confond… | …avec | La différence |
|---|---|---|
| 17 juin 1789 (Assemblée nationale) | 20 juin 1789 (Jeu de paume) | Le 17, on se proclame ; le 20, on jure de ne pas se séparer |
| 4 août 1789 | 26 août 1789 | Le 4 détruit l'ordre ancien ; le 26 énonce les principes nouveaux |
| 10 août 1792 | 21-22 septembre 1792 | Le 10 août, le roi est suspendu ; la royauté n'est abolie qu'en septembre |
| 9 thermidor an II | 18 brumaire an VIII | Le premier met fin à la Terreur (1794), le second au Directoire (1799) |
| 18 fructidor an V | 18 brumaire an VIII | Deux coups d'État ; seul le second porte Bonaparte au pouvoir |
Conclusion
Lue colonne par colonne, cette chronologie raconte un déplacement du pouvoir : des députés de 1789, portés par la rue, aux sans-culottes de 1793, puis aux généraux de 1797-1799. Le 18 Brumaire n'efface pas tout : départements, Code civil à venir, égalité devant la loi, vente des biens nationaux restent. Pour prolonger, comparez cette décennie avec la révolution de 1830 ou celle de 1848 : qui, cette fois, prend l'initiative, et qui garde le dernier mot ?
Pour aller plus loin
- Georges Lefebvre, La Grande Peur de 1789.
- Albert Soboul, La Révolution française.
- François Furet et Denis Richet, La Révolution française.
- Michel Vovelle, La Chute de la monarchie, 1787-1792.
- Jean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française.