Sujets et oraux modèles — Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, spécialité Terminale — environ 2 900 mots, deux exposés rédigés, huit questions du jury traitées.
Le sujet de grand oral en HGGSP qui marque le jury est rarement le plus ambitieux. « La guerre a-t-elle changé ? » ou « La mémoire est-elle un enjeu géopolitique ? » invitent à réciter le cours. Une question qui part d'un lieu, d'un objet ou d'un procès précis — un atoll perdu dans le Pacifique, une flèche de cathédrale, une plaque commémorative — oblige au contraire à raisonner, et c'est ce que l'épreuve évalue.
Le déroulement, en bref
Deux questions, préparées au fil de l'année avec les enseignants de vos spécialités, sont présentées au jury, qui en sélectionne une. Vous avez alors vingt minutes pour vous organiser et éventuellement réaliser un support — un croquis, une frise — que vous pourrez remettre sans qu'il compte dans la note.
Suit un exposé de cinq minutes, sans notes. Commencez par dire ce qui vous a mené à cette question, puis répondez-y. Une dizaine de minutes d'échange viennent ensuite : les examinateurs demandent des précisions, discutent vos arguments, peuvent vous emmener vers un autre thème. Les dernières minutes portent sur votre projet d'orientation.
En HGGSP, le jury attend des repères précis — une date, un traité, un acteur — et une vraie démarche : situer, expliquer, confronter les points de vue.
Organisation de la fiche
- Sujet de grand oral en HGGSP : vingt questions classées par thème
- Premier exposé : l'atoll et la zone économique exclusive, puis les questions du jury
- Second exposé : reconstruire à l'identique, puis les questions du jury
- Erreurs fréquentes en HGGSP
- Points à vérifier avant l'oral
Sujet de grand oral en HGGSP : vingt questions classées par thème
Thème 1 — De nouveaux espaces de conquête
- Pourquoi un atoll inhabité peut-il valoir autant qu'une région continentale ? Angle : le droit de la mer et la zone économique exclusive (traité en exposé rédigé).
- À qui appartiendront les ressources minières de la Lune ? Angle : principe de non-appropriation de l'espace et ambitions des entreprises privées.
- Pourquoi des câbles posés au fond des mers sont-ils devenus un enjeu de puissance ? Angle : flux de données intercontinentaux, vulnérabilité et rivalités entre États et géants du numérique.
Thème 2 — Faire la guerre, faire la paix
- Peut-on gagner une guerre sur le terrain et la perdre politiquement ? Angle : la guerre comme instrument au service d'une fin politique, d'après Clausewitz.
- Pourquoi les traités de Westphalie servent-ils encore à penser les conflits actuels ? Angle : souveraineté des États et remise en cause par les acteurs non étatiques.
- Les drones changent-ils la nature de la guerre ou seulement ses outils ? Angle : distance au combat, asymétrie et questions juridiques.
Thème 3 — Histoire et mémoires
- Peut-on juger un crime contre l'humanité des décennies plus tard ? Angle : l'imprescriptibilité en droit français et les grands procès tenus en France bien après la guerre.
- Une justice de village peut-elle juger un génocide ? Angle : les juridictions gacaca au Rwanda, à côté du tribunal pénal international.
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- Une plaque commémorative peut-elle diviser une ville ? Angle : mémoires concurrentes de la guerre d'Algérie et place de l'historien.
- L'historien doit-il se méfier des lois mémorielles ? Angle : débat entre reconnaissance par la loi et liberté de la recherche historique.
Thème 4 — Identifier, protéger et valoriser le patrimoine
- Faut-il reconstruire à l'identique un monument détruit ? Angle : authenticité, mémoire et politique (traité en exposé rédigé).
- Le tourisme peut-il tuer le patrimoine qu'il fait vivre ? Angle : surfréquentation, départ des habitants et transformation d'une ville en décor.
- Pourquoi des États africains réclament-ils des objets exposés dans les musées européens ? Angle : restitutions, souveraineté culturelle et inaliénabilité des collections publiques.
- Détruire un monument peut-il être un crime de guerre ? Angle : la condamnation par la Cour pénale internationale d'un responsable de la destruction des mausolées de Tombouctou.
Thème 5 — L'environnement, entre exploitation et protection
- Pourquoi dit-on que les parcs nationaux américains ont « inventé » la nature sauvage ? Angle : l'idée de wilderness et l'effacement des populations amérindiennes qui vivaient sur ces terres.
- Peut-on protéger une forêt en vendant le carbone qu'elle stocke ? Angle : marchés de compensation, efficacité et critiques.
- Pourquoi le climat est-il devenu une question de sécurité internationale ? Angle : migrations, accès à l'eau, tensions dans l'Arctique.
Thème 6 — L'enjeu de la connaissance
- Pourquoi Marie et Pierre Curie n'ont-ils pas cherché à breveter leur procédé d'extraction du radium ? Angle : science comme bien commun et propriété intellectuelle.
- Un État peut-il couper Internet à sa population ? Angle : souveraineté numérique, contrôle de l'information et contournements.
- Pourquoi les États se disputent-ils les étudiants étrangers ? Angle : attractivité universitaire, fuite des cerveaux et influence.
Premier exposé — Pourquoi un atoll inhabité peut-il valoir autant qu'une région continentale ?
Exemple d'exposé de cinq minutes environ ; il sert de modèle de construction, pas de texte à réciter.
Accroche et motivation. En feuilletant un atlas, je suis tombé sur un point minuscule dans le Pacifique, au large du Mexique : Clipperton, un anneau de corail de quelques kilomètres carrés, sans habitant permanent, rattaché à la France. Je me suis demandé pourquoi un pays entretiendrait sa souveraineté sur un lieu aussi isolé. Je souhaite étudier le droit international, et cette question m'a fait découvrir le droit de la mer.
Problématique. Comment un territoire terrestre minuscule peut-il donner à un État des droits sur un espace maritime immense, et pourquoi ces droits sont-ils source de rivalités ?
Annonce du plan. Je présenterai d'abord les règles qui transforment une île en espace maritime, puis la valeur que cela représente, avant de montrer les contestations que ces règles suscitent.
Premier temps : la règle des 200 milles. Depuis la grande convention onusienne conclue en 1982 à Montego Bay, en Jamaïque, les espaces maritimes se mesurent à partir des côtes. Jusqu'à 12 milles marins s'étend la mer territoriale, où l'État exerce sa souveraineté. Au-delà et jusqu'à 200 milles, soit environ 370 kilomètres, s'étend la zone économique exclusive. L'État n'y est pas pleinement souverain — les navires étrangers y circulent librement — mais il dispose de droits exclusifs sur les ressources : pêche, hydrocarbures, minerais des fonds marins. Or cette règle s'applique aussi aux îles. Un îlot isolé génère donc autour de lui un cercle de 370 kilomètres de rayon. Un calcul simple montre que ce disque dépasse 400 000 kilomètres carrés, soit à peu près les trois quarts de la France métropolitaine.
Deuxième temps : un capital stratégique. Grâce à ses territoires ultramarins, la France dispose d'un domaine maritime parmi les plus vastes du monde, souvent présenté comme le deuxième. Ces espaces offrent des ressources halieutiques, des réserves potentielles de nodules ou d'encroûtements métalliques au fond des océans, et une présence militaire et scientifique dans toutes les grandes régions du globe. Clipperton a d'ailleurs fait l'objet d'un différend avec le Mexique, réglé par un arbitrage international dans la première moitié du vingtième siècle. Mais posséder ne suffit pas : il faut surveiller. Des navires étrangers pêchent illégalement dans ces zones lointaines, et la Marine nationale ne peut pas être partout. La convention permet en outre d'étendre le plateau continental au-delà de 200 milles lorsque le prolongement géologique des terres le justifie : l'État doit alors présenter un dossier scientifique à une commission spécialisée des Nations unies, travail que la France a entrepris pour plusieurs de ses territoires.
Troisième temps : des règles contestées. La convention prévoit une limite : les rochers qui ne se prêtent pas à l'habitation humaine ou à une vie économique propre n'ont pas de zone économique exclusive. Toute la question devient alors de savoir ce qu'est une île. Le Japon a renforcé de béton un récif, Okinotorishima, pour qu'il ne disparaisse pas sous les vagues et continue de générer une zone ; la Chine conteste qu'il s'agisse d'une île. Dans le même temps, la Chine elle-même transforme des récifs de mer de Chine méridionale en îles artificielles. Une sentence arbitrale rendue à La Haye a jugé ses revendications sans fondement juridique, mais Pékin a refusé de la reconnaître. Le droit de la mer devient ainsi un terrain d'affrontement entre puissances, où les arguments juridiques s'accompagnent de patrouilles navales et d'incidents entre garde-côtes.
Conclusion. Un atoll vaut moins par sa surface que par l'espace maritime qu'il projette autour de lui. Le droit de la mer a transformé les poussières d'îles en atouts stratégiques, mais il a aussi ouvert une compétition pour leur définition même. À l'avenir, la course aux ressources des grands fonds pourrait rendre ces confettis plus disputés encore.
Questions du jury, réponses possibles
« Quelle différence faites-vous entre mer territoriale et zone économique exclusive ? » Dans la mer territoriale, jusqu'à 12 milles, l'État est souverain comme sur son territoire terrestre, sous réserve du droit de passage inoffensif des navires étrangers. Dans la zone économique exclusive, jusqu'à 200 milles, il n'a que des droits sur l'exploitation et la protection des ressources ; la navigation et le survol restent libres. Au-delà commence la haute mer.
« Une île artificielle donne-t-elle droit à une zone économique exclusive ? » Non. La convention distingue les îles naturelles des installations artificielles. Ces dernières ne génèrent ni mer territoriale ni zone économique exclusive ; elles peuvent seulement être entourées d'une zone de sécurité de faible étendue. C'est pourquoi le statut naturel ou non d'un récif est si disputé.
« Pourquoi la France garde-t-elle des territoires aussi coûteux à surveiller ? » Pour les ressources présentes et futures, pour la présence militaire et scientifique qu'ils permettent, et pour le poids diplomatique qu'ils donnent dans les grandes régions océaniques. Renoncer à l'un d'eux reviendrait à céder un espace maritime qu'un autre État pourrait revendiquer.
« Quel lien avec votre projet ? » Le droit international de la mer mêle négociation, géographie et rapports de force. Les juristes y interprètent des textes dont chaque mot a des conséquences sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. C'est ce passage de la règle au terrain qui m'attire.
Second exposé — Faut-il reconstruire à l'identique un monument détruit ?
Second exemple, sur le thème du patrimoine.
Accroche et motivation. Chez mes grands-parents, une carte postale ancienne montre Notre-Dame de Paris avec sa flèche. Quand j'ai vu les images de l'incendie de la cathédrale, j'ai pensé que cette carte était devenue un document historique. Puis la flèche a été rebâtie, semblable à celle de la carte. Je me suis demandé si l'on avait retrouvé le monument ou fabriqué une copie. Je souhaite me former aux métiers du patrimoine, et cette question est au cœur de ces métiers.
Problématique. Reconstruire un monument à l'identique, est-ce préserver le patrimoine ou en effacer l'histoire ?
Annonce du plan. Je montrerai que la reconstruction à l'identique répond à un besoin de mémoire collective, puis qu'elle se heurte à l'exigence d'authenticité, avant de proposer une voie intermédiaire.
Premier temps : reconstruire pour réparer une blessure. Après la Seconde Guerre mondiale, la vieille ville de Varsovie, détruite méthodiquement par l'armée allemande, a été rebâtie par les Polonais à partir de relevés, de photographies et de tableaux du dix-huitième siècle. Reconstruire était un acte politique : affirmer que la nation survivait. L'UNESCO a inscrit ce centre historique sur la liste du patrimoine mondial, en reconnaissant le caractère exceptionnel de cette reconstruction. À Dresde, l'église Notre-Dame, la Frauenkirche, ruinée par les bombardements de 1945, a été rebâtie après la réunification allemande en réemployant autant que possible les pierres d'origine, que l'on reconnaît à leur teinte sombre. Dans ces deux cas, l'identique sert à recoudre une communauté. En France, la cathédrale de Reims, bombardée et incendiée dès le début de la Première Guerre mondiale, a été restaurée pendant l'entre-deux-guerres ; elle est devenue plus tard un symbole de la réconciliation lorsque le général de Gaulle et le chancelier Adenauer y ont assisté ensemble à une messe en 1962.
Deuxième temps : le risque du faux. Pourtant, la charte de Venise, adoptée par des architectes et des spécialistes de la restauration en 1964, recommande de ne pas inventer ce qui n'est pas documenté et de rendre les ajouts reconnaissables. Une copie parfaite peut tromper le visiteur sur l'âge de ce qu'il voit. Le cas de Notre-Dame est révélateur : la flèche détruite n'était pas médiévale, mais l'œuvre de Viollet-le-Duc au dix-neuvième siècle. Lui-même concevait la restauration comme la remise d'un édifice dans un état complet, quitte à imaginer un état qui n'avait jamais existé. Reconstruire « à l'identique », c'est donc choisir un moment de l'histoire du bâtiment plutôt qu'un autre.
Troisième temps : une voie intermédiaire. Après l'incendie, un concours d'architecture pour une flèche contemporaine a été envisagé, puis abandonné au profit d'une restitution de la flèche de Viollet-le-Duc. Ce choix a été justifié par la documentation abondante et par l'attachement du public à la silhouette connue. Mais le chantier a aussi été l'occasion d'étudier la cathédrale comme jamais, et de transmettre des savoir-faire de charpente et de taille de pierre. Des artisans venus de toute la France y ont travaillé, et la cathédrale a rouvert au public après plus de cinq ans de travaux. L'authenticité ne réside alors pas seulement dans la matière, mais aussi dans les gestes et les connaissances mobilisés. D'autres choix restent possibles : à Oradour-sur-Glane, les ruines ont été conservées telles quelles, parce que la destruction elle-même est devenue le message.
Conclusion. Reconstruire à l'identique n'est ni une trahison ni une évidence : c'est un choix, qui dépend de la documentation disponible, de la signification du monument et de ce que la société veut transmettre. Ma carte postale n'a pas perdu sa valeur : elle montre désormais un état du monument parmi d'autres.
Questions du jury, réponses possibles
« Quel est le rôle de l'UNESCO dans la protection du patrimoine ? » Elle gère la liste du patrimoine mondial, créée par une convention de 1972. Un bien inscrit doit présenter une valeur universelle exceptionnelle. L'État qui le possède s'engage à le protéger ; en cas de menace grave, le bien peut être placé sur la liste du patrimoine en péril. L'UNESCO n'a pas de pouvoir de contrainte direct, mais l'inscription a un poids symbolique et touristique important.
« Pourquoi conserver des ruines plutôt que reconstruire ? » Parce que la ruine peut devenir un lieu de mémoire. À Oradour-sur-Glane, village dont les habitants ont été massacrés par une unité SS en juin 1944, l'État a choisi de conserver les ruines et de reconstruire un nouveau village à côté. À Berlin, le clocher brisé d'une église du centre a été gardé à côté d'un bâtiment moderne. Dans ces cas, reconstruire effacerait la trace du crime ou de la guerre.
« Le patrimoine est-il seulement constitué de bâtiments ? » Non. L'UNESCO protège aussi un patrimoine culturel immatériel : pratiques, savoir-faire, traditions. Le chantier de Notre-Dame montre le lien entre les deux : sans charpentiers et tailleurs de pierre formés, le patrimoine bâti ne peut pas être entretenu.
« En quoi votre question relève-t-elle de la géopolitique ? » Le patrimoine sert à affirmer une identité nationale, comme à Varsovie, ou à exercer une influence culturelle. Les destructions volontaires de monuments en temps de guerre, comme celles de Tombouctou, montrent qu'il est aussi une cible politique. Reconstruire est donc toujours un acte qui engage une vision de la nation et de son histoire.
Erreurs fréquentes en HGGSP
- Choisir un sujet qui recopie un intitulé du programme. Le jury veut une question que vous avez construite, pas un titre de chapitre.
- Accumuler les dates sans les relier. Trois repères bien expliqués valent mieux que dix énumérés.
- Oublier la dimension géopolitique ou politique. Un sujet d'histoire pure, sans acteurs ni rapports de force, s'éloigne de la spécialité.
- Prendre parti sans nuance. Sur les questions mémorielles, exposer les positions en présence avant de conclure.
- Inventer des chiffres ou des citations. Un ordre de grandeur annoncé comme tel est plus sûr qu'une donnée précise mal retenue.
Points à vérifier avant l'oral
- Ma question part d'un cas concret et se rattache à un thème identifié.
- Je connais au moins trois repères solides : date, lieu, acteur.
- Je peux définir sans hésiter les notions clés de mon sujet.
- Je présente au moins deux points de vue opposés.
- Je sais tracer en une minute un croquis ou une frise utile.
- Mon exposé tient en cinq minutes, testé à voix haute.
- Le lien avec mes études futures est réfléchi et sincère.