Sujets de grand oral SES : 20 idées originales et 2 oraux rédigés avec questions du jury

2 799 mots · ≈9 pages · Terminale · Fiche

Fiche méthode et sujets — Sciences économiques et sociales, spécialité Terminale — environ 3 000 mots, deux oraux rédigés et huit réponses au jury.

Chercher un sujet de grand oral en SES, c'est souvent retomber sur les formules que le jury entend à longueur de journée. Les vingt questions ci-dessous partent d'un objet concret — une paire de baskets, une pétition, une boulangerie sans apprenti — pour retrouver les mécanismes du programme par un chemin moins fréquenté.

Le grand oral en quelques lignes

Vous construisez deux questions avec vos professeurs de spécialité ; le jour venu, le jury en retient une. Suivent vingt minutes de préparation, pendant lesquelles vous pouvez griffonner un support qui n'est pas noté.

L'oral se déroule ensuite en trois temps : cinq minutes d'exposé sans notes, en principe debout ; un échange d'une dizaine de minutes où le jury creuse votre raisonnement et peut élargir au programme ; enfin quelques minutes sur votre projet d'orientation.

Les deux examinateurs, dont l'un n'enseigne pas forcément les SES, jugent autant les connaissances que la clarté de la parole. La bonne question tient en une phrase, contient une tension et se traite en cinq minutes.

Ce que contient la fiche

  1. Vingt idées de sujet de grand oral en SES, classées par thème du programme
  2. Oral rédigé n° 1 : les emplois vacants malgré le chômage, et quatre questions du jury
  3. Oral rédigé n° 2 : la pétition en ligne, et quatre questions du jury
  4. Les erreurs qui coûtent des points
  5. Liste de vérification avant le jour J

Vingt idées de sujet de grand oral en SES

Croissance et innovation

  1. Une usine qui ferme et une start-up qui ouvre dans la même rue : l'innovation détruit-elle autant qu'elle crée ? Angle : la destruction créatrice décrite par Schumpeter, vue à l'échelle d'un territoire et de ses salariés.
  2. Pourquoi la croissance d'un pays dépend-elle de ses juges autant que de ses usines ? Angle : le rôle des institutions (droits de propriété, respect des contrats) dans l'incitation à investir et à innover.

Commerce international

  1. Une paire de baskets « dessinée en Europe » est-elle un produit européen ? Angle : la fragmentation de la chaîne de valeur entre plusieurs pays et ce qu'elle change à la mesure des échanges.
  2. Pourquoi la France importe-t-elle des voitures alors qu'elle en exporte ? Angle : le commerce entre pays comparables, expliqué par la différenciation des produits et le goût des consommateurs pour la variété.

Chômage et emploi

  1. Pourquoi des postes restent-ils vacants alors que le chômage reste élevé ? Angle : les difficultés d'appariement et les composantes structurelles du chômage (traité en oral rédigé).
  2. Baisser le coût du travail peu qualifié crée-t-il des emplois ou seulement des effets d'aubaine ? Angle : comparer l'analyse par le coût du travail et celle par l'insuffisance de la demande.

Crises et finance

  1. Comment la faillite d'une banque peut-elle toucher une entreprise qui n'y a jamais ouvert de compte ? Angle : la contagion, le risque systémique et l'argument pour une régulation prudentielle.
  2. Une bulle se voit-elle avant d'éclater ? Angle : les comportements mimétiques et l'emballement du crédit qui rendent les crises si difficiles à anticiper.

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Politiques économiques dans le cadre européen

  1. Une monnaie unique empêche-t-elle de soigner une crise qui ne frappe qu'un seul pays ? Angle : les chocs asymétriques, la politique monétaire commune et les marges qui restent au budget national.
  2. Les règles budgétaires européennes protègent-elles les pays ou les privent-elles d'outils ? Angle : coordination des politiques, crédibilité et risque de procyclicité.

Structure sociale et mobilité

  1. Peut-on encore parler de classes sociales quand chacun se dit « classe moyenne » ? Angle : écart entre position objective et sentiment d'appartenance, multiplication des facteurs de différenciation.
  2. Une infirmière fille d'infirmier a-t-elle connu une mobilité sociale ? Angle : limites des tables de mobilité, mobilité subjective et changements internes à un même groupe.

École et destins

  1. Pourquoi deux élèves aux notes identiques ne choisissent-ils pas la même orientation ? Angle : les choix rationnels selon la position sociale (Boudon) et l'autocensure.
  2. Le soutien scolaire payant défait-il ce que l'école publique cherche à corriger ? Angle : le capital économique transformé en avantage scolaire.

Travail et emploi

  1. Le livreur à vélo est-il un entrepreneur ou un salarié qui s'ignore ? Angle : brouillage des frontières de l'emploi, subordination, protection sociale.
  2. Le télétravail rend-il le collectif de travail invisible ? Angle : effets sur l'intégration par le travail, la coopération et la représentation des salariés.

Engagement politique

  1. Signer une pétition en ligne, est-ce encore s'engager ? Angle : paradoxe de l'action collective et transformation des répertoires (traité en oral rédigé).
  2. Pourquoi les jeunes votent-ils moins mais manifestent-ils autant ? Angle : variables sociodémographiques de la participation et préférence pour des formes d'action intermittentes.

Regards croisés

  1. Un impôt peut-il être juste s'il pèse plus lourd sur ceux qui gagnent moins ? Angle : progressivité, régressivité des taxes sur la consommation et conceptions de l'équité.
  2. Faut-il faire payer la pollution ou l'interdire ? Angle : comparer taxe, norme et marché de quotas comme instruments de l'action publique pour l'environnement.

Oral rédigé n° 1 — Pourquoi des postes restent-ils vacants alors que le chômage reste élevé ?

Exemple de prise de parole d'environ cinq minutes, à lire pour comprendre la construction et non à réciter.

Accroche et motivation. Dans la petite ville où j'habite, la boulangerie de la place a collé sur sa vitrine une affiche « Cherche apprenti ». Elle y est restée tout l'hiver. Dans le même temps, plusieurs jeunes de mon quartier, que je connais, cherchaient un emploi. J'ai choisi cette question parce que la scène m'a paru absurde : il y a du travail d'un côté, des personnes disponibles de l'autre, et la rencontre ne se fait pas. Je voudrais entrer dans une école de commerce avec une spécialisation en ressources humaines, et ce décalage est précisément le problème qu'affrontent les recruteurs.

Problématique. On imagine souvent le chômage comme un simple manque d'emplois. Si c'était le cas, les offres non pourvues ne devraient pas exister. Leur coexistence avec un chômage important oblige donc à se demander : qu'est-ce qui empêche une offre et une demande de travail de se rencontrer, et que peut faire l'action publique pour lever ces obstacles ?

Annonce du plan. Je montrerai d'abord que se rencontrer sur le marché du travail demande du temps et de l'effort, puis que ces difficultés de rencontre produisent un chômage durable, avant de présenter les politiques qui cherchent à y répondre et leurs limites.

Premier temps : un marché qui fonctionne avec des frictions. Pour qu'une embauche ait lieu, il faut que l'employeur et le candidat se trouvent, se fassent confiance et s'accordent. Chacune de ces étapes prend du temps et coûte. L'employeur ne connaît pas la fiabilité du candidat ; le candidat ne sait pas comment se passe réellement le travail. Les économistes parlent d'asymétrie d'information. Pendant la recherche, certaines personnes sont au chômage alors même que des postes leur conviendraient : on appelle cette part le chômage frictionnel. Elle existe dans toute économie et n'a rien d'inquiétant tant qu'elle reste brève.

Deuxième temps : quand la rencontre échoue durablement. Le problème devient sérieux lorsque l'écart ne se résorbe pas. Trois raisons au moins l'expliquent. La première tient aux qualifications : le métier évolue plus vite que les compétences des demandeurs. La deuxième est géographique : le poste est à un endroit, le chômeur à un autre, et le coût du logement ou l'absence de transport rend le déplacement impossible. Pour un apprenti qui commence à quatre heures du matin, ne pas avoir de voiture suffit à fermer la porte. La troisième concerne les conditions de travail : horaires décalés, faible rémunération, pénibilité. Certains postes restent vacants non pas faute de candidats capables, mais parce que l'emploi proposé n'est pas jugé acceptable. Ces trois obstacles relèvent d'un chômage structurel : il ne disparaît pas quand la conjoncture s'améliore.

Troisième temps : comment l'action publique peut-elle aider ? Puisque le problème est celui d'une rencontre, les politiques adaptées cherchent à la faciliter. Elles financent la formation pour rapprocher les compétences des besoins, notamment par l'apprentissage. Elles améliorent l'intermédiation, c'est le rôle du service public de l'emploi. Elles soutiennent la mobilité par des aides au permis ou au logement. Mais ces outils ont des limites. Une formation prend des mois, alors que les besoins changent vite. Surtout, si un poste reste vacant parce qu'il est mal payé, aucune formation n'y changera rien : c'est alors l'employeur qui doit revoir son offre. Enfin, ces politiques ne règlent pas le chômage lié à une demande insuffisante, qui appelle d'autres instruments.

Conclusion. Les emplois vacants ne prouvent donc pas que les chômeurs refusent de travailler, ni que le chômage serait une illusion. Ils montrent que le marché du travail est fait d'ajustements lents et imparfaits, où la distance, l'information et la qualité de l'emploi pèsent autant que le nombre de postes. La boulangerie a fini par trouver son apprenti : un jeune venu d'un village voisin, grâce à une mobylette prêtée par un oncle. Cette solution très locale m'a convaincu que la politique de l'emploi se joue aussi à cette échelle.

Ce que le jury pourrait demander

« Vous parlez de chômage structurel. Comment le distinguez-vous du chômage conjoncturel ? » Le chômage conjoncturel suit l'activité économique : quand la demande de biens ralentit, les entreprises produisent moins et embauchent moins. Il recule quand la croissance repart. Le chômage structurel, lui, persiste même en période de reprise, parce qu'il tient au fonctionnement du marché du travail : inadéquation des qualifications, obstacles à la mobilité, institutions. Les deux se mêlent souvent : après une longue récession, ceux qui ont été écartés de l'emploi pendant des années voient leurs savoir-faire vieillir et leurs contacts s'éloigner, si bien qu'un choc passager laisse une trace durable.

« Augmenter les salaires des postes vacants ne suffirait-il pas ? » Cela aiderait pour les emplois dont la rémunération est le principal obstacle, et l'on voit des secteurs en tension relever leurs salaires. Mais d'autres freins resteraient : un salaire plus élevé ne crée pas une compétence absente, ni un logement près du poste. Et pour une petite entreprise, une hausse importante peut menacer la rentabilité. La réponse dépend donc de la cause de la vacance.

« Pouvez-vous citer un indicateur qui permet de repérer ces difficultés ? » On peut rapprocher le nombre d'emplois vacants et le nombre de chômeurs. Quand les deux augmentent en même temps, c'est le signe que la rencontre fonctionne mal. Les enquêtes auprès des employeurs sur leurs difficultés de recrutement donnent aussi des informations utiles, métier par métier.

« Quel lien faites-vous avec votre projet d'orientation ? » Un responsable du recrutement est précisément un spécialiste de la rencontre entre offre et demande. Comprendre pourquoi une annonce reste sans réponse — salaire, horaires, description floue du poste — fait partie du métier. Ce travail m'a montré que la question n'est pas seulement de trouver des candidats, mais aussi de rendre un emploi attractif.

Oral rédigé n° 2 — Signer une pétition en ligne, est-ce encore s'engager ?

Second exemple, sur la partie de science politique du programme.

Accroche et motivation. La semaine dernière, mon téléphone m'a proposé trois pétitions : contre la fermeture d'une maternité, pour la protection d'une espèce de requin, pour qu'un chanteur retire une chanson. J'en ai signé deux en moins d'une minute, sans quitter mon lit. Je me suis alors demandé si j'avais réellement fait quelque chose. Cette question m'intéresse parce que je souhaite étudier la science politique et que l'engagement des jeunes y est souvent décrit comme en crise.

Problématique. Le clic semble ne rien coûter, et c'est justement ce qui le rend suspect. Mais un engagement doit-il coûter pour compter ? Je me demanderai si la signature en ligne marque un affaiblissement de l'engagement politique ou sa transformation.

Annonce du plan. Je montrerai d'abord pourquoi ce geste répond à une vieille difficulté de l'action collective, puis qu'il s'inscrit dans un changement plus large des formes d'action, avant d'en souligner les limites.

Premier temps : une réponse au paradoxe de l'action collective. Mancur Olson, économiste américain, a posé un problème simple : si un groupe obtient un bien qui profitera à tous, même à ceux qui n'ont pas participé, chacun a intérêt à laisser les autres agir. C'est le comportement du passager clandestin. Plus le groupe est grand, plus ma contribution individuelle paraît inutile. La pétition en ligne réduit le coût de la participation presque à zéro. Elle contourne donc en partie le paradoxe : quand agir ne coûte rien, la tentation de ne rien faire diminue.

Deuxième temps : un nouveau répertoire d'action. Le sociologue Charles Tilly a montré que chaque époque dispose d'un répertoire d'action collective, c'est-à-dire d'un ensemble de moyens d'action connus et jugés légitimes. Au répertoire ancien de la grève et du défilé organisés par de grandes structures s'ajoutent des formes plus souples : boycott, consommation engagée, pétition numérique. Elles correspondent à un engagement plus individualisé, souvent ponctuel, centré sur une cause précise plutôt que sur l'adhésion durable à un parti. Signer, c'est aussi rendre visible un nombre : une pétition qui rassemble beaucoup de signatures peut attirer l'attention des médias et obliger un élu à répondre. Ces formes nouvelles ne chassent d'ailleurs pas les anciennes : une même personne peut signer en ligne, défiler un samedi et voter aux élections. Il vaut mieux parler d'une palette élargie, dans laquelle chacun puise selon la cause, le moment et l'effort qu'il accepte de fournir. La pétition a aussi une fonction d'information : elle fait circuler un dossier et des arguments que personne n'aurait lus autrement. Pour une association locale, elle sert enfin à constituer une liste de soutiens, que l'on pourra solliciter plus tard pour une action plus exigeante.

Troisième temps : un engagement fragile et inégal. Pourtant, plusieurs limites existent. La signature ne crée ni lien durable entre les participants ni organisation capable de négocier. Elle peut aussi produire l'illusion d'avoir agi et détourner d'actions plus exigeantes ; certains chercheurs parlent de « clictivisme ». Enfin, la participation reste socialement située : le niveau de diplôme et l'aisance avec les outils numériques influencent la probabilité de signer, comme ils influencent le vote. Le clic ne fait donc pas disparaître les inégalités de participation.

Conclusion. La pétition en ligne n'est ni un engagement au rabais ni une révolution démocratique. Elle abaisse le coût d'entrée et ouvre la participation à des personnes que les formes classiques rebutaient, mais elle a besoin d'autres relais pour transformer une indignation en décision. Pour ma part, j'ai écrit au député de ma circonscription au sujet de la maternité : c'est la pétition qui m'avait fait découvrir le dossier.

Ce que le jury pourrait demander

« Comment Olson pense-t-il que les organisations surmontent le paradoxe ? » Par les incitations sélectives : des avantages réservés aux participants, comme un service juridique offert aux adhérents d'un syndicat, ou au contraire une pression exercée sur les non-participants. On peut aussi évoquer les rétributions symboliques du militantisme, comme la reconnaissance ou le sentiment d'appartenance, qui rendent l'engagement gratifiant en lui-même.

« La pétition n'est-elle pas surtout une forme d'engagement des catégories favorisées ? » Elle reste en effet marquée socialement : les personnes diplômées participent davantage, quelle que soit la forme d'action. Mais l'outil numérique permet aussi à des personnes qui ne se sentent pas à l'aise dans une réunion ou un défilé de s'exprimer. Il faut donc nuancer : la pétition ne supprime pas l'inégalité, elle en déplace les contours.

« Peut-on parler d'une crise de l'engagement des jeunes ? » Il est plus juste de parler de transformation. Les jeunes adhèrent moins aux partis et votent moins régulièrement, mais ils participent à des mobilisations sur le climat ou les discriminations, s'engagent dans des associations et utilisent les réseaux sociaux. Leur engagement est plus intermittent et plus centré sur des causes.

« Qu'est-ce que la structure des opportunités politiques ? » C'est l'ensemble des éléments du contexte politique qui rendent une mobilisation plus ou moins susceptible de réussir : ouverture des institutions, divisions entre les élites, existence d'alliés. Une pétition a plus de chances d'aboutir si un élu est déjà sensible à la cause ou si une élection approche.

Erreurs qui coûtent des points

  • Choisir une question dont la réponse est « oui » ou « non » sans débat. « Le chômage est-il un problème ? » ne laisse aucune place à l'argumentation.
  • Réciter des définitions. Le jury veut voir une notion au travail sur un exemple, pas entendre une fiche de cours.
  • Oublier l'économiste ou le sociologue de référence. Un auteur bien utilisé (Olson, Tilly, Schumpeter) montre que l'on maîtrise le programme.
  • Inventer des chiffres. Mieux vaut un ordre de grandeur prudent, ou aucun, qu'un pourcentage qui s'effondre à la première question.
  • Négliger la partie motivation. Expliquer pourquoi la question vous concerne fait partie de l'épreuve et prépare le lien avec l'orientation.
  • Dépasser les cinq minutes en voulant tout dire : trois idées bien enchaînées valent mieux que six survolées.

Liste de vérification avant le jour J

  • Ma question tient en une phrase et contient une tension.
  • Je sais la relier à un thème précis du programme de SES.
  • J'ai un exemple concret, personnel si possible, pour l'accroche.
  • Je connais au moins deux notions et un auteur que le jury peut m'interroger.
  • J'ai chronométré mon exposé plusieurs fois, sans notes.
  • J'ai préparé deux réponses aux objections les plus évidentes.
  • Je sais expliquer en trois phrases le lien avec mon projet d'orientation.