Moon Palace, Paul Auster : résumé par parties et fiche de lecture

2 069 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Roman américain lu en traduction, pour le lycée et les premières années de licence : Auster et son livre, l'intrigue suivie en trois mouvements, trois générations d'hommes, les grands motifs et un questionnaire avec corrigé (environ 2 200 mots).

Présentation de l'œuvre

Une pièce meublée uniquement de cartons de livres : on s'assoit sur des cartons, on dort sur des cartons, et chaque fois qu'on lit un livre, on le vend, si bien que le mobilier rétrécit à mesure que la culture grandit. Cette image, l'une des plus singulières de la littérature américaine récente, ouvre Moon Palace. Cette fiche propose un résumé de Moon Palace et une analyse de ce roman d'apprentissage où le hasard joue le premier rôle.

L'auteur. Paul Auster, né en 1947 dans le New Jersey, est l'un des grands romanciers new-yorkais, auteur de Trilogie new-yorkaise, de Léviathan ou de 4 3 2 1. Il a vécu plusieurs années en France dans sa jeunesse et a traduit des poètes français. Son œuvre, très lue en France, est traversée par les thèmes du hasard, de l'identité et de l'écriture.

L'œuvre. Moon Palace paraît en 1989. La traduction française de Christine Le Bœuf est publiée par Actes Sud, éditeur habituel d'Auster en France. Le roman se déroule pour l'essentiel à la fin des années 1960 et au début des années 1970, sur fond d'alunissage et de guerre du Viêt Nam.

Le genre. C'est un roman à la première personne, raconté rétrospectivement par son héros, Marco Stanley Fogg. Il tient du roman d'apprentissage, du roman picaresque et du conte, avec un goût prononcé pour les coïncidences.

Une remarque sur le découpage. Le roman est divisé en chapitres longs et peu nombreux, et les éditions ne les présentent pas toujours de la même manière. Plutôt qu'un découpage chapitre par chapitre qui risquerait de ne pas correspondre à votre édition, le résumé suit les trois grands mouvements du livre, organisés autour de trois figures masculines : l'oncle Victor, le vieil Effing et Solomon Barber.

Plan de la fiche

  1. Résumé en trois mouvements
    • Premier mouvement : l'oncle Victor et la chute de Fogg ;
    • Deuxième mouvement : Effing, l'aveugle qui raconte ;
    • Troisième mouvement : Barber, le père retrouvé, et la marche vers l'Ouest.
  2. Trois générations et ceux qui les entourent
  3. Hasard, filiation, Lune : les motifs du roman
  4. Le style d'Auster
  5. Pourquoi lire Moon Palace
  6. Questionnaire avec corrigé

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I. Résumé en trois mouvements

Premier mouvement : l'oncle Victor et la chute de Fogg

Une enfance sans père. Marco Stanley Fogg ne connaît pas son père. Sa mère, Emily, meurt renversée par un autobus à Boston quand il est enfant. Il est alors recueilli par son oncle Victor, frère de sa mère, clarinettiste fantasque qui joue dans de petits orchestres. Entre l'oncle et le neveu se noue une relation tendre, faite de jeux de mots et de rêveries : Victor s'amuse des trois prénoms de Marco, qui évoquent des voyageurs et des explorateurs.

L'héritage de livres. Quand Marco entre à l'université Columbia, à New York, Victor lui laisse ses livres : plus d'un millier de volumes, rangés dans des cartons. Marco, qui loue un studio, s'en sert comme mobilier. Puis Victor meurt. Bouleversé, Marco décide de lire tous les livres de son oncle, carton après carton, et de les vendre au fur et à mesure pour vivre. Il cesse de chercher du travail, renonce à toute prévoyance et se laisse glisser.

La dérive. De sa fenêtre, Marco voit l'enseigne au néon d'un restaurant chinois, le Moon Palace, qui donne son titre au roman. À mesure que les cartons disparaissent, la chambre se vide, l'argent manque, le jeune homme maigrit. Il finit par être expulsé et s'installe dans Central Park, où il vit comme un vagabond, se nourrissant de restes, dormant dans les fourrés. Cette expérience extrême d'abandon de soi est racontée sans pathos, comme une épreuve que le narrateur s'est imposée.

Le sauvetage. Au bord de l'épuisement, Marco est retrouvé par son ami Zimmer et par Kitty Wu, une jeune danseuse d'origine chinoise qu'il avait rencontrée peu auparavant. Ils le soignent. Kitty et Marco tombent amoureux. Le premier mouvement se clôt sur un retour à la vie, au moment où l'homme marche sur la Lune.

Deuxième mouvement : Effing, l'aveugle qui raconte

Un emploi singulier. Pour gagner sa vie, Marco devient l'homme de compagnie d'un vieil homme aveugle et paralysé, Thomas Effing, qui vit dans un grand appartement new-yorkais. Effing est tyrannique, capricieux, provocateur. Marco doit lui faire la lecture et le promener en fauteuil roulant dans les rues, en lui décrivant précisément tout ce qu'il voit. Cet exercice de description devient pour lui un véritable apprentissage du regard.

La confession d'Effing. Sentant sa mort approcher, Effing décide de raconter sa vie à Marco pour qu'il en tire une nécrologie. Il révèle que son vrai nom est Julian Barber. Jeune peintre, il est parti dans l'Ouest américain pour peindre les paysages du désert. Au terme d'une série d'accidents, il s'est retrouvé seul dans une grotte, où il a vécu en ermite et peint. Là, à la suite d'une rencontre violente avec une bande de hors-la-loi, il s'est emparé d'une grosse somme d'argent. Il a ensuite changé d'identité, séjourné à Paris, puis est revenu à New York sous le nom de Thomas Effing, laissant croire à sa mort.

L'argent distribué et la mort d'Effing. Le vieil homme décide de se défaire de sa fortune : un jour de pluie, il sillonne la ville avec Marco et distribue des billets à des inconnus. Peu après, il meurt. Il laisse un héritage à un fils qu'il n'a jamais connu, né après sa disparition dans l'Ouest : Solomon Barber, professeur d'histoire.

Troisième mouvement : Barber, le père retrouvé, et la marche vers l'Ouest

Solomon Barber. Marco entre en contact avec Barber pour lui transmettre le récit de la vie de son père. Barber est un homme énorme, timide, cultivé, qui a toujours souffert de son physique et de l'absence d'un père. Une amitié se noue entre les deux hommes.

La révélation. Peu à peu, le lecteur, puis Marco, comprennent que Barber a connu Emily, la mère de Marco, des années plus tôt, quand elle était son étudiante. Barber est en réalité le père de Marco. Effing, l'homme que Marco servait sans savoir qui il était, était donc son grand-père. Le hasard, qui semblait gouverner sa vie, dessinait en fait une généalogie.

La rupture avec Kitty. Dans le même temps, la relation avec Kitty se brise : elle tombe enceinte, Marco désire l'enfant, mais elle refuse de le garder et met fin à la grossesse. Leur désaccord les sépare.

Le voyage vers l'Ouest. Barber et Marco partent ensemble vers l'Ouest pour retrouver la grotte d'Effing. En chemin, lors d'une visite sur la tombe d'Emily, Barber fait une chute dans une fosse ouverte et en meurt peu après. Marco poursuit seul. Il découvre que le paysage décrit par Effing a été englouti par un lac de barrage : la grotte n'existe plus. Dépouillé de presque tout, il traverse le continent à pied jusqu'à l'océan Pacifique. Le roman se termine face à la mer, sous la lune, sur un sentiment de recommencement.

II. Trois générations et ceux qui les entourent

Personnage Lien avec Marco Fonction dans le roman
Marco Stanley Fogg narrateur le chercheur d'origine
Victor oncle maternel le premier père, la fantaisie
Kitty Wu amoureuse l'amour et la vie concrète
Zimmer ami la fidélité
Thomas Effing (Julian Barber) grand-père, sans le savoir le conteur, l'artiste
Solomon Barber père, révélé tardivement l'historien, la filiation

Marco Fogg. Personnage passif en apparence, il se laisse porter par les événements, mais cette passivité est une forme de quête : il cherche ses limites. Son nom l'associe à Marco Polo, à Stanley l'explorateur, et à Phileas Fogg, le héros du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne : tous voyageurs.

Victor. Artiste raté mais généreux, il transmet à Marco l'amour des livres et du jeu verbal.

Kitty Wu. Elle représente l'ancrage dans le réel et le présent. Leur rupture montre que Marco ne sait pas encore construire.

Effing. Personnage le plus haut en couleur : cruel, drôle, mythomane peut-être. Son récit, plein d'aventures, fait de lui un conteur dont on ne sait jamais tout à fait s'il dit vrai.

Barber. Homme blessé, savant et maladroit, il est l'image d'une paternité manquée qui se découvre trop tard.

III. Hasard, filiation, Lune : les motifs du roman

Le hasard et la coïncidence

C'est le thème majeur de l'œuvre d'Auster. Les rencontres de Marco semblent fortuites, et pourtant elles le ramènent à sa propre famille. Le roman joue avec la frontière entre hasard et destin, sans jamais trancher.

La filiation et la quête des origines

Trois générations d'hommes se succèdent sans se connaître : Effing abandonne son fils, Barber ignore longtemps qu'il a un fils, Marco ignore qui est son père. Le roman est une enquête généalogique inconsciente, qui révèle des pères absents et des fils orphelins.

La chute et la renaissance

Marco touche le fond dans Central Park, puis revient à la vie. À la fin, il a tout perdu mais repart. Le roman est construit sur ce mouvement de dépouillement et de recommencement.

La Lune et l'Ouest

La Lune est partout : l'enseigne du restaurant, l'alunissage, les tableaux de paysages nocturnes, la scène finale. Elle symbolise l'inaccessible et le rêve. L'Ouest, lui, renvoie au mythe américain de la frontière : partir vers l'inconnu pour se réinventer.

L'art, la description et la parole

Décrire pour un aveugle, peindre le désert, raconter sa vie, écrire une nécrologie : le roman est rempli de situations où il faut transformer le réel en mots ou en images. C'est une réflexion sur le pouvoir et les limites de la représentation.

IV. Le style d'Auster

Une narration rétrospective. Marco raconte des années plus tard. Il annonce parfois des événements à venir, ce qui crée une tonalité mélancolique et une impression de destin.

Des récits enchâssés. Le récit d'Effing, puis celui de Barber, s'insèrent dans celui de Marco. Ces histoires dans l'histoire donnent au roman une structure en abyme.

Un ton entre réalisme et fable. Les détails sont précis (rues de New York, prix, objets), mais les coïncidences et les excès donnent au livre une dimension de conte.

Des symboles qui se répondent. La lune, les livres, la grotte, l'eau reviennent d'un mouvement à l'autre et tissent l'unité du roman.

V. Pourquoi lire Moon Palace

Moon Palace séduit par son mélange d'humour, de mélancolie et d'aventure. Le premier mouvement, avec ses cartons de livres et sa vie dans Central Park, est inoubliable. Le récit d'Effing, plein de rebondissements, se lit comme un western.

On peut objecter que les coïncidences sont nombreuses et que la révélation finale paraît trop commode. Mais Auster assume ce jeu : il ne prétend pas imiter la vie, il montre comment une existence se transforme en récit. Pour un lycéen ou un étudiant, c'est une belle entrée dans le roman américain contemporain.

VI. Questionnaire avec corrigé

1. D'où vient le titre du roman ? Du nom d'un restaurant chinois dont Marco voit l'enseigne lumineuse depuis sa fenêtre. Le titre annonce aussi le motif de la lune, présent tout au long du livre.

2. Que fait Marco des livres de son oncle ? Il les lit un par un puis les vend pour survivre, jusqu'à ce que sa chambre se vide et qu'il se retrouve à la rue.

3. Qui est vraiment Thomas Effing ? C'est Julian Barber, un peintre qui a disparu dans l'Ouest, a changé d'identité, et qui se révèle être le grand-père de Marco.

4. Quel lien unit Solomon Barber à Marco ? Barber est le père de Marco : il a eu une liaison avec Emily, la mère du narrateur, sans savoir qu'un enfant en était né.

5. Comment se termine le roman ? Après la mort de Barber et la disparition de la grotte sous un lac, Marco traverse l'Ouest à pied jusqu'au Pacifique, où il contemple la lune : il a tout perdu mais peut recommencer.

Conclusion

Moon Palace raconte la quête d'un jeune homme qui, sans le savoir, remonte le fil de sa propre famille. Hasard, filiation, chute et renaissance s'y entrelacent dans un récit qui tient à la fois du roman d'apprentissage et du conte. On peut prolonger la lecture avec Trilogie new-yorkaise, ou revenir au roman de Jules Verne dont le héros a prêté son nom de famille à Marco.

Bibliographie

  • Paul Auster, Moon Palace, traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud.
  • Paul Auster, Trilogie new-yorkaise, Actes Sud.
  • Paul Auster, L'Invention de la solitude, Actes Sud.
  • Paul Auster, Léviathan, Actes Sud.