La bataille de Stalingrad (1942-1943) : résumé, déroulement et enjeux

2 177 mots · ≈7 pages · Collège · Fiche

Fiche d'histoire — Collège (Troisième) et Lycée (Première, Terminale) — environ 2 200 mots.

La bataille en quelques lignes

La bataille de Stalingrad se déroule de l'été 1942 au 2 février 1943, sur la Volga, dans le sud de l'URSS. Elle oppose l'armée allemande, et notamment la 6e armée du général Friedrich Paulus, à l'Armée rouge. Les Allemands s'emparent de la plus grande partie de la ville en ruines, mais ne parviennent pas à en chasser les derniers défenseurs soviétiques. Le 19 novembre 1942, l'Armée rouge lance l'opération Uranus : en quelques jours, elle encercle la 6e armée. Privés de ravitaillement, affamés et gelés, les soldats allemands finissent par capituler entre le 31 janvier et le 2 février 1943. C'est la première fois qu'une armée allemande entière est détruite. La bataille marque un tournant de la Seconde Guerre mondiale.

Le contexte : pourquoi Stalingrad ?

Le 22 juin 1941, Hitler a déclenché l'opération Barbarossa, l'invasion de l'URSS. Il s'agit d'une guerre d'anéantissement : le régime nazi veut conquérir un « espace vital » à l'Est, détruire le communisme et exterminer les Juifs. Mais à la fin de 1941, la Wehrmacht est arrêtée devant Moscou. La guerre éclair a échoué.

Au printemps 1942, Hitler change d'objectif. Il veut s'emparer du pétrole du Caucase, indispensable pour poursuivre la guerre, et couper la Volga, grande voie de transport soviétique. Stalingrad, ville industrielle étirée sur des kilomètres le long du fleuve, se trouve sur cette route. Elle porte en outre le nom de Staline : sa prise ou sa défense devient vite une question de prestige pour les deux dictateurs.

Problématique : pourquoi une bataille pour une ville industrielle de la Volga devient-elle l'un des grands tournants de la Seconde Guerre mondiale ?

Plan de la fiche

1. L'offensive allemande de l'été 1942

  • Le plan bleu et la division des forces
  • « Pas un pas en arrière » : l'ordre n° 227

2. La bataille dans la ville (septembre-novembre 1942)

  • Le bombardement et l'arrivée sur la Volga
  • Une guerre de rue d'une violence extrême

3. L'opération Uranus et l'encerclement

  • La contre-offensive du 19 novembre
  • Le pont aérien et la tentative de dégagement

4. La fin de la 6e armée (janvier-février 1943)

  • L'opération Anneau et la capitulation de Paulus
  • Le bilan humain

5. Un tournant de la guerre et une mémoire disputée

Chronologie · À retenir · Bibliographie

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1. L'offensive allemande de l'été 1942

Le plan bleu et la division des forces

L'offensive allemande du sud, appelée « plan bleu » (Fall Blau), commence à la fin du mois de juin 1942. Les débuts sont spectaculaires : les blindés progressent rapidement dans les steppes du Don, et l'Armée rouge, qui a encore subi de lourdes défaites au printemps, recule.

Grisé par ces succès, Hitler prend une décision lourde de conséquences : au lieu d'atteindre d'abord la Volga puis de se tourner vers le Caucase, il divise ses forces. Un premier groupe d'armées doit foncer vers les champs de pétrole du Caucase, l'autre doit prendre Stalingrad. Les deux objectifs sont donc poursuivis en même temps, avec des moyens insuffisants. Pour couvrir les longs flancs du dispositif, l'Allemagne fait appel aux armées de ses alliés : roumaines, italiennes, hongroises, moins bien équipées, notamment en armes antichars.

« Pas un pas en arrière » : l'ordre n° 227

Côté soviétique, la situation paraît désespérée. Le 28 juillet 1942, Staline signe l'ordre n° 227, connu sous la formule « Pas un pas en arrière ». Tout repli sans ordre est assimilé à une trahison. Des détachements de barrage sont placés derrière certaines unités pour empêcher les retraites, et des bataillons disciplinaires sont créés. Cette discipline impitoyable s'ajoute à un patriotisme réel : beaucoup de soldats savent qu'au-delà de la Volga, il n'y a presque plus rien pour arrêter l'ennemi.

2. La bataille dans la ville (septembre-novembre 1942)

Le bombardement et l'arrivée sur la Volga

Le 23 août 1942, l'aviation allemande, la Luftwaffe, mène un bombardement massif sur Stalingrad. Une grande partie de la ville est détruite et de très nombreux civils sont tués, car l'évacuation n'a pas été organisée à temps. Le même jour, des blindés allemands atteignent la Volga au nord de la ville.

En septembre, la 6e armée de Paulus, appuyée par la 4e armée blindée, entre dans la ville. Pour la défendre, le commandement soviétique confie la 62e armée au général Vassili Tchouïkov. Les renforts traversent la Volga de nuit, sur des barques et des bacs, sous le feu ennemi : la traversée du fleuve est l'un des moments les plus meurtriers pour les soldats soviétiques.

Une guerre de rue d'une violence extrême

Pendant près de trois mois, la bataille se transforme en un combat rue par rue, maison par maison, étage par étage. Les ruines forment un labyrinthe où les chars avancent mal. Tchouïkov applique une tactique simple : rester au plus près de l'ennemi, à quelques dizaines de mètres, pour que l'aviation allemande ne puisse pas bombarder sans toucher ses propres troupes. Les soldats allemands parlent d'une « guerre des rats ».

Certains lieux deviennent célèbres :

  • le Mamaïev Kourgane, colline qui domine la ville, prise et reprise à plusieurs reprises ;
  • les grandes usines du nord (l'usine de tracteurs, l'usine Barricades, l'usine Octobre rouge), transformées en forteresses ;
  • le silo à grain et la gare centrale ;
  • la maison Pavlov, un immeuble défendu pendant des semaines par une petite garnison sous les ordres du sergent Iakov Pavlov, devenue un symbole de la résistance soviétique.

Les tireurs d'élite jouent un grand rôle et la propagande soviétique en fait des héros, comme Vassili Zaïtsev. À la mi-novembre, les Allemands contrôlent environ les neuf dixièmes de la ville, mais les Soviétiques tiennent encore quelques bandes de terrain le long du fleuve. Hitler a pourtant déjà annoncé publiquement que Stalingrad était pratiquement prise : il ne peut plus reculer sans perdre la face.

3. L'opération Uranus et l'encerclement

La contre-offensive du 19 novembre

Pendant que la 62e armée résiste dans la ville, l'état-major soviétique, avec les généraux Gueorgui Joukov et Alexandre Vassilevski, prépare en secret une grande contre-offensive. Des centaines de milliers d'hommes, des chars et de l'artillerie sont rassemblés au nord et au sud de Stalingrad, à l'abri des regards.

Le 19 novembre 1942, l'opération Uranus est déclenchée au nord-ouest ; le lendemain, une seconde attaque part du sud. Les Soviétiques ne frappent pas la 6e armée de front : ils attaquent les flancs, tenus par les armées roumaines, qui cèdent rapidement. Le 23 novembre, les deux pinces soviétiques se rejoignent près de Kalatch, sur le Don. La 6e armée et une partie de la 4e armée blindée sont encerclées : on parle du « chaudron » (Kessel en allemand). Le nombre de soldats pris au piège est estimé à environ 250 000 à 300 000 hommes, Allemands et alliés compris.

Le pont aérien et la tentative de dégagement

Paulus demande l'autorisation de tenter une sortie avant que l'encerclement ne se renforce. Hitler refuse : la 6e armée doit tenir sur place. Le chef de la Luftwaffe, Hermann Göring, promet de la ravitailler par avion. Mais il faudrait livrer des centaines de tonnes de vivres, de munitions et de carburant chaque jour ; la Luftwaffe n'en apporte qu'une petite partie, sous les tirs soviétiques et dans le froid de l'hiver russe. Les soldats encerclés souffrent bientôt de la faim, du froid et des maladies.

En décembre, le maréchal Erich von Manstein lance une opération pour dégager le chaudron. Ses blindés arrivent à quelques dizaines de kilomètres des lignes de Paulus, mais ne peuvent aller plus loin, et la 6e armée ne tente pas de sortie à sa rencontre. Au même moment, une nouvelle offensive soviétique enfonce l'armée italienne sur le Don et menace l'ensemble du front sud allemand. Manstein doit se replier : la 6e armée est condamnée.

4. La fin de la 6e armée (janvier-février 1943)

L'opération Anneau et la capitulation de Paulus

Au début de janvier 1943, les Soviétiques proposent à Paulus de capituler. Il refuse, sur ordre de Hitler. Le 10 janvier, l'Armée rouge déclenche l'opération Anneau (Koltso), dirigée par le général Konstantin Rokossovski, pour réduire le chaudron. Les aérodromes tombent, le ravitaillement aérien devient presque impossible, et la poche est coupée en deux.

Le 30 janvier, Hitler élève Paulus au grade de maréchal : aucun maréchal allemand ne s'étant jamais rendu, le message est clair, il attend de lui qu'il combatte jusqu'au bout ou se donne la mort. Le lendemain, 31 janvier 1943, Paulus se rend aux Soviétiques dans le sud de la ville. Les dernières troupes allemandes, dans la partie nord, capitulent le 2 février 1943.

Le bilan humain

Les chiffres exacts restent discutés, mais les ordres de grandeur sont connus. Environ 90 000 soldats de l'Axe sont faits prisonniers à la fin de la bataille ; épuisés et malades, la plupart meurent en captivité, et seuls quelques milliers rentreront en Allemagne, pour certains dans les années 1950. Les pertes soviétiques sont encore plus lourdes : en comptant les tués, les blessés et les disparus de l'ensemble de la campagne, on avance environ un million d'hommes. Il faut y ajouter un nombre élevé de victimes civiles, difficile à établir. Stalingrad compte parmi les batailles les plus meurtrières de l'histoire.

5. Un tournant de la guerre et une mémoire disputée

Un tournant militaire

Stalingrad ne termine pas la guerre : elle durera encore plus de deux ans. Mais elle marque une inversion du rapport de force à l'Est. Pour la première fois, une armée allemande entière est anéantie, et l'initiative passe durablement aux Soviétiques. Après l'échec de la dernière grande offensive allemande, près de Koursk en juillet 1943, la Wehrmacht ne fera plus que reculer jusqu'à Berlin.

Stalingrad s'inscrit dans un ensemble de revers de l'Axe à la même période : la défaite des forces germano-italiennes à El-Alamein en Égypte à l'automne 1942, le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942, et dans le Pacifique la bataille de Midway (juin 1942) puis celle de Guadalcanal. C'est pourquoi les historiens parlent souvent du tournant de 1942-1943.

Un tournant psychologique

En Allemagne, la défaite ne peut pas être cachée. Le régime décrète un deuil national. Le 18 février 1943, dans un discours prononcé au Palais des sports de Berlin, Joseph Goebbels appelle à la « guerre totale » : la mobilisation de toute la société doit compenser les pertes. Dans les pays occupés, la nouvelle redonne espoir. En France, les résistants y voient la preuve que l'Allemagne peut être battue, et le prestige de l'URSS grandit, ce qui renforce l'influence des communistes dans la Résistance.

Une mémoire disputée

En URSS, Stalingrad devient un mythe fondateur de la « Grande Guerre patriotique ». La ville, rebaptisée Volgograd en 1961 dans le cadre de la déstalinisation, abrite sur le Mamaïev Kourgane un immense monument dominé par la statue de La Mère-Patrie appelle. Le pouvoir russe actuel utilise régulièrement cette mémoire à des fins politiques.

En France, le nom de la bataille a été donné à une place et à une station du métro parisien. En Allemagne, Stalingrad est devenu le symbole d'une armée sacrifiée par l'obstination de Hitler, mais les historiens rappellent aussi que cette armée participait à une guerre d'anéantissement à l'Est. L'écrivain soviétique Vassili Grossman, correspondant de guerre pendant la bataille, en a fait le cœur de son grand roman Vie et destin, longtemps interdit en URSS. L'historien Jochen Hellbeck a publié des entretiens réalisés à chaud avec des combattants soviétiques, qui montrent la diversité des motivations des soldats.

Chronologie

Date Événement
22 juin 1941 Début de l'opération Barbarossa
Fin juin 1942 Début de l'offensive allemande du sud (plan bleu)
28 juillet 1942 Ordre n° 227 « Pas un pas en arrière »
23 août 1942 Bombardement massif ; les Allemands atteignent la Volga
Septembre-novembre 1942 Combats de rue dans la ville
19-20 novembre 1942 Opération Uranus
23 novembre 1942 Encerclement de la 6e armée près de Kalatch
Décembre 1942 Échec de la tentative de dégagement de Manstein
10 janvier 1943 Opération Anneau
31 janvier 1943 Capitulation de Paulus
2 février 1943 Reddition des dernières troupes allemandes

À retenir

  • Objectif allemand : le pétrole du Caucase et la Volga ; Stalingrad est aussi un enjeu symbolique.
  • De septembre à novembre 1942, une guerre de rue acharnée dans une ville en ruines.
  • Opération Uranus (19 novembre 1942) : encerclement de la 6e armée par les flancs.
  • Capitulation de Paulus le 31 janvier 1943, fin des combats le 2 février.
  • Un tournant militaire et psychologique de la guerre, devenu un lieu de mémoire majeur.

Conclusion

Stalingrad est d'abord l'histoire d'une erreur stratégique : Hitler a voulu atteindre deux objectifs à la fois, puis il a refusé tout repli pour une ville devenue symbole. C'est aussi l'histoire d'une résistance acharnée et d'une contre-offensive soigneusement préparée, qui a montré que l'Armée rouge avait appris de ses défaites. En février 1943, l'Allemagne perd une armée entière et l'initiative à l'Est. Pour un sujet sur la Seconde Guerre mondiale, la bataille illustre à la fois la violence de la guerre d'anéantissement et le basculement de 1942-1943. On peut la comparer avec Verdun, autre bataille devenue symbole national, pour réfléchir à la façon dont les sociétés construisent la mémoire des grandes batailles.

Bibliographie

  • Antony Beevor, Stalingrad.
  • Jean Lopez, Stalingrad. La bataille au bord du gouffre, Economica.
  • Jochen Hellbeck, Stalingrad. La ville qui a vaincu le IIIe Reich.
  • Vassili Grossman, Vie et destin (roman).