Mai 68 en France : résumé, étapes et héritages (fiche de révision)

2 251 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche

Fiche d'histoire — Lycée — environ 2 300 mots.

Présentation

Le mercredi 29 mai 1968, le Conseil des ministres prévu à l'Élysée est annulé. Le président de la République quitte Paris en hélicoptère et, pendant plusieurs heures, même son Premier ministre ignore où il se trouve. On apprendra qu'il s'est rendu à Baden-Baden, auprès du général Massu qui commande les forces françaises en Allemagne. Un chef d'État qui disparaît au milieu d'une grève de plusieurs millions de salariés : c'est le point le plus bas d'une crise ouverte quelques semaines plus tôt par une poignée d'étudiants de banlieue.

C'est là toute l'étrangeté de Mai 68. Un mouvement parti d'une faculté récente, construite au milieu de terrains vagues à Nanterre, finit par paralyser le pays et par ébranler l'homme du 18 juin. Puis, en moins d'un mois, tout se referme : le travail reprend et les électeurs envoient à l'Assemblée la plus forte majorité gaulliste qu'on ait connue.

Pour réviser, il faut distinguer trois crises qui s'emboîtent sans se confondre : une révolte étudiante, une grève ouvrière d'une ampleur inédite et une crise du pouvoir. Chacune a ses acteurs, son calendrier et ses issues.

Problématique de révision : comment une révolte étudiante a-t-elle pu se transformer en crise nationale, et pourquoi son échec politique immédiat n'empêche-t-il pas Mai 68 de laisser une empreinte durable sur la société française ?

Plan détaillé de la fiche

1. Avant mai : une France prospère qui s'ennuie ?

  • Une jeunesse nombreuse dans des facultés trop étroites
  • Nanterre et le Mouvement du 22-Mars

2. Le temps des étudiants (2–13 mai)

  • De la Sorbonne évacuée à la nuit des barricades
  • Le 13 mai, quand les syndicats entrent dans la danse

3. Le temps des usines (14–27 mai)

  • Une grève sans mot d'ordre central
  • Grenelle : un compromis signé par personne

4. Le temps du pouvoir (27 mai–30 juin)

  • Le vide de Charléty et le mystère de Baden-Baden
  • Le discours du 30 mai et la vague gaulliste de juin

5. Ce qui reste de Mai

  • Les suites immédiates : université, syndicats, départ de De Gaulle
  • Des héritages culturels plus diffus et toujours débattus

Pièges à éviter, fil des dates, conclusion, bibliographie

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1. Avant mai : une France prospère qui s'ennuie ?

Une jeunesse nombreuse dans des facultés trop étroites

En 1968, la France est en pleine croissance. La consommation transforme le quotidien : réfrigérateur, télévision, automobile. Mais cette prospérité a un revers que les contemporains perçoivent mal. Les enfants nés après 1945 arrivent en masse à l'université, dont les effectifs ont été multipliés en une décennie. Amphithéâtres bondés, cours magistraux sans échange, règlements intérieurs d'un autre âge : dans les cités universitaires, par exemple, les garçons n'ont pas le droit d'entrer dans les bâtiments des filles.

À cela s'ajoute un climat international. La guerre du Vietnam mobilise une partie de la jeunesse contre les États-Unis ; Cuba, la Chine de la Révolution culturelle ou la figure de Che Guevara, tué en 1967, nourrissent les petits groupes d'extrême gauche, trotskistes et maoïstes. Le célèbre éditorial du Monde paru en mars, qui juge que « la France s'ennuie », montre que les observateurs ne voient rien venir.

Nanterre et le Mouvement du 22-Mars

La faculté de Nanterre, ouverte au milieu des années 1960, est entourée de bidonvilles où vivent des travailleurs immigrés. Le contraste frappe les étudiants en sociologie, discipline neuve et très politisée. Le 22 mars 1968, après l'arrestation de militants hostiles à la guerre du Vietnam, plusieurs dizaines d'étudiants occupent la salle du conseil de la faculté. De cette nuit naît le Mouvement du 22-Mars, groupe sans hiérarchie fixe dont Daniel Cohn-Bendit devient la figure la plus visible. Les incidents se multiplient jusqu'à ce que le doyen ferme la faculté, le 2 mai.

2. Le temps des étudiants (2–13 mai)

De la Sorbonne évacuée à la nuit des barricades

Le 3 mai, les étudiants de Nanterre se replient sur la Sorbonne, où l'UNEF tient un rassemblement. Le recteur fait appel à la police, qui évacue la cour et embarque des centaines de jeunes. Ce geste, banal aux yeux des autorités, déclenche l'escalade : des manifestants se forment spontanément au Quartier latin, la Sorbonne est fermée, les affrontements reprennent les jours suivants.

Le sommet est atteint dans la nuit du 10 au 11 mai. Des dizaines de barricades s'élèvent autour de la rue Gay-Lussac avec des pavés, des grilles d'arbres et des voitures renversées. Les CRS donnent l'assaut au petit matin ; les radios périphériques, qui suivent la nuit en direct avec leurs reporters, font entendre les grenades dans des millions de foyers. L'opinion, d'abord peu favorable aux étudiants, bascule devant la violence de la répression. Rentré d'un voyage en Afghanistan, le Premier ministre Georges Pompidou choisit l'apaisement le 11 mai : la Sorbonne rouvrira.

Le 13 mai, quand les syndicats entrent dans la danse

Les confédérations syndicales, CGT et CFDT en tête, appellent à une grève et à une manifestation le 13 mai pour protester contre les violences policières. Le cortège parisien est immense. Le hasard du calendrier pèse lourd : c'est le dixième anniversaire du 13 mai 1958, qui avait ramené De Gaulle au pouvoir, d'où le slogan « Dix ans, ça suffit ». Le soir même, les étudiants occupent la Sorbonne rouverte, qui devient pendant un mois un forum permanent. Le théâtre de l'Odéon est occupé à son tour le 15 mai.

3. Le temps des usines (14–27 mai)

Une grève sans mot d'ordre central

Ce que personne n'avait prévu commence le 14 mai, près de Nantes, à l'usine Sud-Aviation de Bouguenais : les ouvriers occupent les ateliers et enferment le directeur. Le lendemain, Renault-Cléon suit, puis Renault-Billancourt, forteresse ouvrière de la région parisienne. En quelques jours, la grève gagne les transports, les PTT, les banques, l'ORTF, les grands magasins.

On parle souvent de « grève générale », mais aucune centrale ne l'a décrétée : c'est une juxtaposition de grèves avec occupation, lancées localement, que les syndicats tentent ensuite d'encadrer. Le nombre de grévistes est difficile à établir ; on avance couramment plusieurs millions au plus fort du mouvement, souvent autour de sept millions, ce qui en fait le plus grand conflit social de l'histoire française. La CGT, proche du Parti communiste, se méfie des étudiants « gauchistes » et garde ses distances : les portes de Billancourt restent fermées aux cortèges venus de la Sorbonne.

Pendant ce temps, De Gaulle est en visite officielle en Roumanie du 14 au 18 mai. À son retour, il propose le 24 mai, à la télévision, un référendum sur la « participation ». L'allocution tombe à plat ; la nuit suivante est l'une des plus violentes du mois à Paris et à Lyon.

Grenelle : un compromis signé par personne

Pompidou choisit de traiter la crise comme un conflit du travail. Les 25 et 26 mai, il réunit au ministère des Affaires sociales, rue de Grenelle, le patronat et les syndicats ; parmi les négociateurs figurent Georges Séguy pour la CGT, Eugène Descamps pour la CFDT et, côté gouvernement, un jeune secrétaire d'État à l'Emploi, Jacques Chirac. Le 27 au matin, on aboutit à un « constat » : hausse de 35 % du salaire minimum (le SMIG), augmentation générale des salaires d'environ 10 % en deux temps, engagement à reconnaître la section syndicale dans l'entreprise, ce que fera une loi votée en décembre.

Juridiquement, ce texte n'est pas un accord signé ; d'où l'expression « accords de Grenelle », qui est un abus de langage commode. Surtout, quand Séguy vient le présenter à Billancourt le 27 mai, les ouvriers le huent et refusent de reprendre le travail. La sortie de crise par le social a échoué, au moins pour le moment.

4. Le temps du pouvoir (27 mai–30 juin)

Le vide de Charléty et le mystère de Baden-Baden

Le 27 mai au soir, l'UNEF et le PSU réunissent des dizaines de milliers de personnes au stade Charléty ; Pierre Mendès France y assiste sans prendre la parole. Le lendemain, François Mitterrand déclare qu'il serait candidat si l'élection présidentielle devait avoir lieu et propose un gouvernement provisoire confié à Mendès France. La gauche non communiste se prépare donc à un pouvoir vacant.

C'est le moment du voyage à Baden-Baden, le 29 mai. Son sens fait encore discuter : simple abattement d'un homme de 77 ans tenté par le retrait, manœuvre pour créer un effet de surprise, ou démarche pour s'assurer de la fidélité de l'armée ? Les témoignages divergent, et les historiens restent prudents. Ce qui est sûr, c'est que De Gaulle revient à Paris le soir même, décidé à reprendre la main.

Le discours du 30 mai et la vague gaulliste de juin

Le 30 mai, à 16 h 30, il parle non à la télévision mais à la radio, le média de l'appel de Londres. L'allocution est courte et sèche : il ne se retire pas, il garde son Premier ministre, il dissout l'Assemblée nationale et dénonce la menace d'une dictature communiste. Dans la foulée, ses partisans défilent sur les Champs-Élysées, autour d'André Malraux et de Michel Debré ; la foule se compte en centaines de milliers.

La France bascule alors d'une logique de rue à une logique électorale. Le carburant revient dans les pompes juste avant le pont de la Pentecôte, et le travail reprend progressivement, parfois après de durs affrontements : à Flins, un lycéen, Gilles Tautin, se noie en fuyant les gendarmes le 10 juin ; à Sochaux, deux ouvriers de Peugeot meurent le lendemain.

Les élections législatives des 23 et 30 juin sont un triomphe pour la majorité. Le parti gaulliste, rebaptisé pour l'occasion Union pour la défense de la République (UDR), obtient seul la majorité absolue des sièges, un résultat sans précédent sous la République. Paradoxe final : Pompidou, artisan de la victoire, est remplacé à Matignon par Maurice Couve de Murville en juillet.

5. Ce qui reste de Mai

Les suites immédiates : université, syndicats, départ de De Gaulle

Trois effets se mesurent rapidement. D'abord, la loi Edgar Faure de novembre 1968 réorganise l'enseignement supérieur autour de trois principes : autonomie des universités, participation des étudiants et des personnels à leur gestion, pluridisciplinarité. Les vieilles facultés laissent place à des universités, et le centre expérimental de Vincennes ouvre ses portes. Ensuite, les salariés obtiennent des hausses de salaire réelles et la présence légale du syndicat dans l'entreprise. Enfin, la crise use le pouvoir gaullien : en avril 1969, De Gaulle met son mandat en jeu dans un référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat ; le « non » l'emporte et il démissionne le lendemain, 28 avril 1969.

Des héritages culturels plus diffus et toujours débattus

Le reste relève d'une transformation plus lente, que Mai 68 a révélée autant que provoquée. Les années qui suivent voient naître le Mouvement de libération des femmes, s'affirmer des revendications écologistes et régionalistes, se desserrer l'autorité dans la famille, l'école ou l'atelier. Il serait pourtant faux d'attribuer à mai toutes ces évolutions : la loi Neuwirth sur la contraception date de 1967, et les mêmes mutations touchent au même moment des pays sans « Mai ». Les historiens parlent volontiers des « années 68 » pour désigner cette séquence longue, du milieu des années 1960 à la fin des années 1970.

La mémoire de l'événement reste conflictuelle. Pour les uns, mai a libéré la parole et fait entrer la démocratie dans la vie quotidienne ; pour d'autres, il a miné l'autorité et préparé un individualisme que ses acteurs prétendaient combattre. On retiendra surtout que les ouvriers, souvent oubliés des commémorations, ont été les plus nombreux à faire grève.

Pièges à éviter en copie

  • Confondre les dates : le mouvement étudiant précède la grève ouvrière, qui ne démarre vraiment que le 14 mai.
  • Écrire que les « accords » de Grenelle ont été signés et ont mis fin à la grève : le constat est rejeté à Billancourt et la reprise n'arrive qu'en juin.
  • Présenter Mai 68 comme une révolution réussie : politiquement, l'issue immédiate est une victoire écrasante des gaullistes.
  • Oublier la province : Nantes, Lyon, Flins ou Sochaux ont compté autant que le Quartier latin.

Le fil des dates

  • 22 mars : occupation de la salle du conseil à Nanterre, naissance du Mouvement du 22-Mars.
  • 3 mai : évacuation de la Sorbonne par la police.
  • 10–11 mai : nuit des barricades, rue Gay-Lussac.
  • 13 mai : grève et grande manifestation syndicale ; occupation de la Sorbonne.
  • 14 mai : occupation de Sud-Aviation à Bouguenais, début des grèves avec occupation.
  • 25–27 mai : négociations de Grenelle ; le constat est rejeté à Billancourt.
  • 29 mai : De Gaulle à Baden-Baden.
  • 30 mai : discours radiodiffusé, dissolution de l'Assemblée, manifestation gaulliste.
  • 23 et 30 juin : élections législatives, majorité absolue pour l'UDR.
  • Novembre 1968 : loi Edgar Faure sur l'enseignement supérieur.
  • 27–28 avril 1969 : échec du référendum, démission de De Gaulle.

Conclusion

Mai 68 se lit comme une crise à trois étages qui ne se rejoignent jamais vraiment : les étudiants voulaient changer la vie, les ouvriers obtenir de meilleurs salaires et plus de dignité au travail, les partis de gauche prendre un pouvoir qui semblait vacant. Faute de jonction, le pouvoir gaulliste reprend l'initiative par les urnes. Mais la victoire de juin est en trompe-l'œil : moins d'un an plus tard, De Gaulle quitte l'Élysée, et la société française poursuit une mutation que Mai a rendue visible. Pour prolonger, on peut comparer la France avec d'autres « 68 » : le printemps de Prague, écrasé en août par les chars du pacte de Varsovie, ou les campus américains mobilisés contre la guerre du Vietnam.

Bibliographie

  • Michelle Zancarini-Fournel, Le Moment 68. Une histoire contestée, Seuil.
  • Ludivine Bantigny, 1968. De grands soirs en petits matins, Seuil.
  • Xavier Vigna, L'Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d'histoire politique des usines, Presses universitaires de Rennes.
  • Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures.
  • Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective (1962–1981), La Découverte.