La guerre froide : un affrontement indirect entre deux modèles (1947-1991) (dissertation corrigée)

1 878 mots · ≈6 pages · Terminale · Dissertation

Dissertation d'histoire — Terminale (histoire, HGGSP) — environ 2 000 mots.

Introduction

Le 5 mars 1946, à Fulton, dans le Missouri, Winston Churchill déclare qu'un « rideau de fer » s'est abattu sur l'Europe, de la Baltique à l'Adriatique. Un an plus tard, les alliés d'hier sont devenus des adversaires. Le philosophe Raymond Aron résumera la situation nouvelle par une formule restée célèbre : « Paix impossible, guerre improbable ».

On appelle guerre froide la période de rivalité entre les États-Unis et l'Union soviétique, ainsi que leurs alliés respectifs, qui s'étend de 1947 à 1991. L'expression souligne le paradoxe d'un conflit sans affrontement militaire direct entre les deux superpuissances, en raison notamment de la menace nucléaire. L'affrontement est indirect : il passe par des crises, des guerres périphériques menées par des tiers, la course aux armements, la propagande, la conquête spatiale ou le sport. Il oppose deux modèles : d'un côté, la démocratie libérale et l'économie de marché ; de l'autre, le communisme, régime de parti unique à l'économie planifiée. Les bornes sont 1947, année de la doctrine Truman et du plan Marshall, et 1991, année de la disparition de l'URSS.

Comment la rivalité entre les États-Unis et l'URSS a-t-elle pu structurer les relations internationales pendant près d'un demi-siècle sans dégénérer en guerre ouverte entre elles, et pourquoi s'est-elle achevée par l'effondrement de l'un des deux modèles ?

Nous étudierons d'abord la mise en place d'un monde bipolaire et ses premières crises (1947-1962), puis l'alternance de détente et de tensions dans un conflit devenu mondial (1962-1985), enfin la fin de la guerre froide et l'effondrement du modèle soviétique (1985-1991).

Plan détaillé

I. La mise en place d'un monde bipolaire (1947-1962)

  • A. La rupture de 1947 et la division de l'Europe
  • B. Berlin et la Corée : les premières crises
  • C. De la coexistence pacifique à la crise de Cuba

II. Un affrontement mondial entre détente et tensions (1962-1985)

  • A. La détente : un dialogue sous la menace nucléaire
  • B. Des guerres par procuration dans le tiers-monde
  • C. La « guerre fraîche » : le retour des tensions

III. La fin de la guerre froide et l'effondrement du modèle soviétique (1985-1991)

  • A. Les réformes de Gorbatchev et l'essoufflement de l'URSS
  • B. 1989 : la libération de l'Europe de l'Est
  • C. 1991 : la disparition de l'URSS et la victoire d'un modèle

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I. La mise en place d'un monde bipolaire (1947-1962)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les désaccords entre vainqueurs sur l'avenir de l'Europe conduisent à la formation de deux blocs, qui s'affrontent d'abord autour de l'Allemagne puis en Asie.

A. La rupture de 1947 et la division de l'Europe

Le 12 mars 1947, le président américain Harry Truman annonce devant le Congrès que les États-Unis soutiendront les peuples libres menacés par des minorités armées ou des pressions extérieures : c'est la doctrine de l'endiguement (containment). Le 5 juin 1947, le secrétaire d'État George Marshall propose une aide économique à la reconstruction européenne : le plan Marshall. L'URSS le refuse et l'interdit aux pays qu'elle contrôle. En septembre 1947, elle crée le Kominform, et Andreï Jdanov décrit un monde divisé en deux camps, l'un impérialiste, l'autre anti-impérialiste. L'Europe est coupée en deux : à l'Ouest, des démocraties libérales soutenues par Washington ; à l'Est, des démocraties populaires alignées sur Moscou, où les communistes prennent le pouvoir, comme à Prague en février 1948.

B. Berlin et la Corée : les premières crises

L'Allemagne, occupée par les quatre vainqueurs, devient le principal enjeu. En juin 1948, Staline impose le blocus de Berlin-Ouest ; les Occidentaux répondent par un pont aérien qui ravitaille la ville pendant près d'un an, jusqu'à la levée du blocus en mai 1949. La crise aboutit à la création de deux États allemands en 1949, la RFA et la RDA, et à la signature du traité de l'Atlantique Nord, le 4 avril 1949, qui donne naissance à l'OTAN. La même année, l'URSS fait exploser sa première bombe atomique et les communistes de Mao Zedong proclament la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949. La guerre froide gagne alors l'Asie : en juin 1950, la Corée du Nord communiste envahit la Corée du Sud. Les États-Unis interviennent sous mandat de l'ONU, la Chine soutient le Nord. La guerre s'achève par l'armistice de Panmunjom, en juillet 1953, qui maintient la division de la péninsule. C'est le premier exemple d'une guerre chaude menée dans le cadre de la guerre froide, sans affrontement direct entre les deux Grands.

C. De la coexistence pacifique à la crise de Cuba

Après la mort de Staline en 1953, Nikita Khrouchtchev prône la coexistence pacifique : la compétition entre les modèles doit se poursuivre sans guerre. Mais le bloc de l'Est se durcit : en 1955 est créé le pacte de Varsovie, et en 1956 l'armée soviétique écrase l'insurrection de Budapest. La rivalité s'étend à l'espace avec le lancement de Spoutnik en octobre 1957, qui révèle l'avance soviétique en matière de missiles. À Berlin, pour mettre fin à l'exode des Allemands de l'Est vers l'Ouest, la RDA construit un mur à partir du 13 août 1961, symbole de la division du monde. La crise la plus grave éclate en octobre 1962 : les Américains découvrent l'installation de missiles soviétiques à Cuba, où Fidel Castro a pris le pouvoir en 1959. Kennedy décrète un blocus naval de l'île ; après plusieurs jours de tension extrême, Khrouchtchev accepte de retirer les missiles, en échange de l'engagement américain de ne pas envahir Cuba. Le monde a frôlé la guerre nucléaire.

II. Un affrontement mondial entre détente et tensions (1962-1985)

La crise de Cuba ouvre une phase nouvelle : conscients du danger, les deux Grands dialoguent, mais leur rivalité se déplace vers le tiers-monde.

A. La détente : un dialogue sous la menace nucléaire

Dès 1963, un « téléphone rouge » relie la Maison-Blanche au Kremlin, et un traité interdit les essais nucléaires dans l'atmosphère. En 1968 est signé le traité de non-prolifération nucléaire. En 1972, les accords SALT I limitent pour la première fois les armements stratégiques. En 1975, l'acte final de la conférence d'Helsinki reconnaît les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale, tout en engageant les signataires à respecter les droits de l'homme, clause dont les dissidents de l'Est se saisiront. La détente repose sur l'équilibre de la terreur : chaque camp sait qu'une attaque nucléaire entraînerait sa propre destruction. Elle n'abolit pas la rivalité, mais en fixe les règles. La compétition des modèles se poursuit d'ailleurs sur d'autres terrains : après le vol de Youri Gagarine, premier homme dans l'espace en avril 1961, les États-Unis relèvent le défi lancé par Kennedy et réussissent, en juillet 1969, avec la mission Apollo 11, à envoyer les premiers hommes sur la Lune. Le prestige scientifique devient une arme de propagande. Elle n'empêche pas non plus l'URSS de réprimer le printemps de Prague en août 1968.

B. Des guerres par procuration dans le tiers-monde

La décolonisation fait des nouveaux États des enjeux de la rivalité. Les deux Grands soutiennent des régimes ou des mouvements armés pour étendre leur influence. Le conflit le plus marquant est la guerre du Vietnam : les États-Unis s'y engagent massivement à partir de 1964-1965 pour empêcher la victoire du Nord communiste. Malgré des moyens considérables, ils s'enlisent face à une guérilla soutenue par l'URSS et la Chine, et l'opinion américaine se retourne. Les troupes américaines se retirent après les accords de Paris de 1973, et Saïgon tombe en 1975. Ce conflit révèle les limites de la puissance américaine et ternit l'image de son modèle. Au Proche-Orient, en Afrique, en Amérique latine, la guerre froide se joue aussi par alliés interposés.

C. La « guerre fraîche » : le retour des tensions

À la fin des années 1970, la détente s'effrite. En décembre 1979, l'armée soviétique intervient en Afghanistan pour soutenir le régime communiste ; elle s'y enlise face aux moudjahidines armés notamment par les États-Unis. Les Occidentaux boycottent les Jeux olympiques de Moscou en 1980, et le bloc soviétique répond par le boycott de ceux de Los Angeles en 1984. Élu président, Ronald Reagan relance la course aux armements et annonce en 1983 l'Initiative de défense stratégique, projet de bouclier antimissile surnommé « guerre des étoiles ». La crise des euromissiles divise l'Europe. Mais l'URSS, dont l'économie planifiée stagne, peine désormais à suivre l'effort militaire imposé par cette compétition.

III. La fin de la guerre froide et l'effondrement du modèle soviétique (1985-1991)

En six ans, le bloc soviétique se défait, sans guerre, sous l'effet de ses faiblesses internes et de l'aspiration des peuples à la liberté.

A. Les réformes de Gorbatchev et l'essoufflement de l'URSS

En 1985, Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique. Conscient du retard économique et technologique du pays, il lance la perestroïka, restructuration de l'économie, et la glasnost, transparence et liberté d'expression accrue. En politique extérieure, il renoue le dialogue avec Washington : le traité de Washington de 1987 prévoit l'élimination des missiles nucléaires de portée intermédiaire, et le retrait soviétique d'Afghanistan s'achève en 1989. Surtout, Gorbatchev renonce à intervenir militairement pour maintenir les régimes communistes d'Europe de l'Est, rompant avec la pratique de 1956 et de 1968.

B. 1989 : la libération de l'Europe de l'Est

Les peuples de l'Est saisissent cette occasion. En Pologne, le syndicat Solidarność, né en 1980, remporte les élections partiellement libres de juin 1989. La Hongrie ouvre sa frontière avec l'Autriche. En RDA, les manifestations se multiplient, et le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s'ouvre. En quelques semaines, les régimes communistes tombent en Tchécoslovaquie, où la « révolution de velours » porte Václav Havel au pouvoir, en Bulgarie et en Roumanie. L'Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990. Le bloc de l'Est a disparu, sans intervention soviétique.

C. 1991 : la disparition de l'URSS et la victoire d'un modèle

L'Union soviétique elle-même ne résiste pas. Les républiques baltes, puis d'autres, réclament leur indépendance. En août 1991, une tentative de coup d'État des conservateurs échoue, ce qui renforce Boris Eltsine, président de la Russie. En décembre 1991, les républiques fondent la Communauté des États indépendants ; le 25 décembre, Gorbatchev démissionne et l'URSS cesse d'exister. Les États-Unis restent la seule superpuissance. La victoire du modèle libéral paraît totale, au point que certains annoncent le triomphe définitif de la démocratie de marché. Le monde bipolaire laisse place à un ordre nouveau, dominé par les États-Unis.

Conclusion

De 1947 à 1991, la guerre froide a structuré les relations internationales autour de l'opposition entre deux superpuissances et deux modèles. Elle a pris la forme d'un affrontement indirect, fait de crises, à Berlin ou à Cuba, de guerres périphériques, en Corée, au Vietnam ou en Afghanistan, et d'une compétition dans tous les domaines, des armements à l'espace. La dissuasion nucléaire a empêché un conflit direct, en imposant aux deux Grands une prudence que la crise de Cuba a rendue évidente. La guerre froide s'est achevée non par une défaite militaire, mais par l'épuisement économique et politique du modèle soviétique, incapable de répondre aux aspirations de ses peuples.

Le monde issu de 1991 n'a cependant pas été celui de la paix universelle annoncée. La persistance des rivalités entre la Russie et l'Occident, ou l'affirmation de la Chine, conduisent les historiens à se demander si certaines logiques de la guerre froide n'ont pas survécu à sa fin.

Bibliographie

  • Raymond Aron, Le Grand Schisme.
  • André Fontaine, Histoire de la guerre froide.
  • Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante Ans. Les relations Est-Ouest 1943-1990.
  • John Lewis Gaddis, La Guerre froide.
  • Stanislas Jeannesson, La Guerre froide.

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